Un camp de travail pour la fabrication d’armements – La marche de la mort

 

Allemagne Wolfratshausen marche de la mort

A une trentaine de kilomètres, au Sud de Munich, la petite ville de Wolfratshausen offre des maison charmantes et une agréable cité jardin, Waldram. Mais ce côté très plaisant masque une réalité historique plus noire[1].

Bien avant 1939, l’Allemagne nazie se préparait à la guerre et planifiait la dispersion sur son territoire de ses installations industrielles à caractère militaire, en cherchant à les cacher et les protéger. Dès 1937, il est prévu de créer des usines souterraines d’explosifs dans la forêt de pins de Wolfratshausen afin de les dissimuler aux reconnaissances aériennes. La population de la ville aurait été mise dans la confidentialité sous le vocable de « Chocolaterie », les constructions souterraines étant appelées « puits à pommes de terre ».

Pour faire fonctionner ces usines, il était nécessaire de faire venir de la main d’œuvre et de la loger sur place. C’est pourquoi, en 1939, l’entreprise IG Farben qui chapeautait les deux usines d’explosifs qu’elle exploitait et qui étaient cachées dans la forêt, la DSC (Deutsche Spreng Chemie) et la DAG (Dynamit Aktien Gesellschaft) faisait construire une « cité-jardin » de 102 maisons, pour héberger 2 500 à 3 000 ouvriers, à Föhrenwald sur la commune de Wolfratshausen. Il s’agissait d’habitat collectif avec une cuisine au rez-de-chaussée, un salon, une chambre, une salle de douche et une grande chambre dans les combles. Si, au début, les maisons ont accueilli des ouvriers masculins, la pénurie de main d’œuvre liée au déclanchement et au développement de la guerre a diversifié progressivement les origines de la main d’œuvre : membres du Service du Travail du Reich, femmes allemandes, volontaires étrangers, puis travailleurs requis et, en dernier recours, travailleurs forcés venant des pays de l’Est. Pour les volontaires étrangers, en 1941, les services allemands en Europe faisaient miroiter des conditions de travail et de rémunération bien meilleures et surtout les avantages sociaux comme la sécurité sociale, les assurances maladie et accidents, mis en place en Allemagne dès le début du XXe siècle. Les contrats étaient de 6 à 24 mois mais généralement, à la signature des contrats, les volontaires ne savaient pas où ils travailleraient.

Jusqu’à 5 000 personnes, hommes et femmes, de 16 pays, ont vécu dans le camp de Föhrenwald. Un petit train spécial les amenait dans les usines de poudre et de munitions. Dans le camp existaient un théâtre, une bibliothèque à la littérature choisie bien évidemment, et s’y déroulaient des manifestations folkloriques ou des soirées chansons. Les travailleurs étaient autorisés à se rendre à Munich, cependant des appels quotidiens vérifiait la présence des personnels. Au total, 400 Françaises et Français auraient été employés par la DAG et la DSC à Föhrenwald. On peut penser qu’avec l’extension de la guerre sur tout le continent, puis les défaites successives de l’armée allemande à partir de 1942/43, les volontaires français et étrangers étaient de moins en moins nombreux, d’où un recours de plus en plus fréquent à des travailleurs forcés issus des pays de l’Est dès la mi 42. Le travail dans les usines de munition s’est maintenu jusqu'en 1945 du fait du camouflage des usines dans la forêt et de leurs bâtiments souterrains. Ils ont néanmoins été bombardés par les Américains à la fin de la guerre mais, semble-t-il, sans grand dommage.

En Juin 1945, le camp a été affecté par l'armée américaine à l’administration du secteur américain en Allemagne avec pour objectif de loger des réfugiés internationaux. Le 3 Octobre 1945, le général Eisenhower ordonnait que Föhrenwald soit un camp exclusivement réservé aux réfugiés juifs. De 1946 à 1948, Föhrenwald est devenu le troisième plus grand camp de personnes déplacées dans le secteur américain avec près de 6 000 personnes. Les noms de rues avaient été modifiés et affublés de noms d’Etats américains. Quand la question des réfugiés a été finalement résolue au milieu des années 50, les maisons ont été vendues et Förenwald est devenu un quartier d’habitations, Waldram.

Le 26 avril 1945, les SS avaient quitté le camp de Dachau près de Munich en évacuant 7 000 déportés dont la moitié mourra en trois jours de « marche de la mort » en direction de l’Autriche pour servir dans le « Réduit alpin » dont rêvaient les jusqu’auboutistes nazis. Un des convois est passé par Wolfratshausen. A quelques kilomètres de Waldram un monument en rappelle le souvenir.


[1] Une grande partie des informations provient de « Föhrenwald - travailleurs forcés » Documentation de la ville – Archives de Wolfratshausen compilées et publiées par Marianne Balder, Stadtarchivarin.

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