Peu de « grands » monuments - Des paysages remarquables – Mais surtout une vie foisonnante

 

Côte d'Ivoire Yamoussoukro Basilique 1

A mon épouse et ma fille qui m’envient de partir une nouvelle fois en voyage en Afrique, je réponds un peu abruptement : « Bof, il n’y a rien à voir ! ». C’est évidemment une réponse absurde, faite par quelqu’un qui a déjà fait de nombreux voyages sur ce continent et souhaite atténuer l’amertume de ses proches. Mais, bien sûr, elles ne se contentent pas de cette boutade de mauvaise foi. Il me faut développer !

Le tourisme en Afrique subsaharienne est d’une nature très différente de celui que l’on peut pratiquer en Europe. Les capitales africaines, Lomé, Cotonou, Ouagadougou, N’Djamena, Yaoundé… ne possèdent généralement pas un centre ville très développé, avec de nombreux commerces, des vitrines, voire tout simplement des trottoirs praticables le long de la chaussée ! Ces centres ne comptent que quelques boutiques : des succursales de compagnies aériennes, de banques, une ou deux librairie-papeteries souvent peu achalandées, quelques bijouteries et des commerçants de souvenirs, quelques bars et restaurants enfin.

L’architecture des bâtiments est généralement de peu d’intérêt. Les bâtiments coloniaux sont rarissimes et, pour ceux qui présentent un intérêt architectural, ils ne sont malheureusement pas toujours très bien entretenus compte-tenu des rigueurs du climat. Les immeubles modernes sont le plus souvent très banals, quelques tours prétentieuses qui se donnent de faux-airs de Manhattan à échelle réduite. La statuaire urbaine est peu fréquente et, si elle existe, elle est généralement très ordinaire. L’on peut admirer certes quelques réalisations aux formes audacieuses, aux réalisations techniques étonnantes, comme la basilique Notre-Dame-de-la-Paix à Yamoussoukro, la grande mosquée de Mopti, le pont de Saint-Louis, le centre de Dakar… mais elles sont rares.

Le passé ne reste généralement pas matérialisé dans des réalisations architecturales ou urbanistiques comme en Europe, tout simplement parce qu’il s’agissait de constructions fragiles, de bois ou de banco, qui n’ont pas résisté à l’usure du temps, aux aléas climatiques (température et pluviométrie) ou parce que le colonisateur les aura considéré comme sans intérêt. Les musées même sont décevants, avec des collections assez pauvres ou des présentations anciennes. A contrario, dans ce cas, les colonisateurs ont pillé très consciencieusement les œuvres d’art que vous pouvez admirer plus facilement en Europe !

Ce qui est à voir en Afrique est bien évidemment d’une toute autre nature. Certes, il y a les paysages qui sont généralement mis en avant par les agences de voyages : savanes herbeuses traversées d’animaux sauvages, chutes d’eau, dunes de sable, criques aux eaux claires, falaises abruptes, couchers de soleil rougeoyants, montagnes arides et découpées, forêts sombres et luxuriantes… J’en passe. C’est effectivement souvent remarquable, rare et très spectaculaire.

« Mais personne ne contestera que ce qu’il y a de plus intéressant à observer en pays étranger, ce sont les hommes »[1].

L’essentiel est ailleurs : la vie des hommes et des femmes. Villes, villages, routes, champs, débordent de vie sous les formes les plus étonnantes, changeantes. Ca bouge, ça marche, ça danse, ça discute, ça s’engueule, ça rit, ça klaxonne, ça s’apostrophe, ça travaille, ça vend, ça achète. Le kaléidoscope des couleurs vous saute aux yeux, les odeurs y sont multiples et fortes. Le toucher même est sollicité avec la surface inégale, collante ou poussiéreuse, du trottoir ou de ce qui en tient lieu ! Rien ne vous laisse indifférent, rien qui ne soit nouveau, qui ne soit remarquable. La vie est ici étourdissante, bouillonnante. Notre Europe policée apparait alors bien terne.

Pour entrer en contact avec cette Afrique, il faut pouvoir se déplacer, aller dans les quartiers de la ville, ses marchés, aller dans les villages. Et mieux encore, c’est évidemment d’y aller travailler avec les nationaux car il est alors plus facile d’entrer dans les villages, les familles, les entreprises, les administrations, de discuter avec différentes catégories de personnes. Mais ne croyez pas toutefois que cela soit toujours simple, agréable, voire ludique ! La pauvreté, la misère et la détresse humaine y sont aussi malheureusement très largement représentées et leur spectacle est assez vite moralement insupportable.


[1] Georges Sand. « Un hiver à Majorque ». 1841.

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