Manque de terres – Difficulté d’installation des jeunes – Prix instables

 

Côte d'Ivoire Man 1

Les discussions vont bon train pendant les groupes de travail. Les femmes, comme les jeunes hommes, défendent leurs revendications devant les anciens des villages qui jouent un rôle clef dans la répartition des terres. Les anciens écoutent avec attention et semblent sensibles avant tout au maintien social de la communauté. A plusieurs reprises, ils s’engagent à redire au village tout ce qu’ils ont entendu au cours des discussions.

Les rapports des différents groupes de travail soulignent que les agricultrices et agriculteurs ont bien conscience des changements en cours et qu’ils en sont inquiets. Ces préoccupations sont souvent centrées sur le foncier avec l’accès à la terre et la productivité des sols. Chacun sait qu’il est de plus en plus difficile d’avoir de la terre à sa disposition pour produire. Les jeunes ont du mal à obtenir une superficie de terre pour planter du café ou du cacao ou, s’il en obtienne une, elle est couverte d'herbes qui gênent les cultures. Ce constat est synthétisé dans cette remarque : « Avant, il y avait une grande superficie de forêt, aujourd'hui, tout le monde est limité dans ses surfaces ». C’est qu’avec l’explosion démographique et l’accueil de nombreux migrants attirés par le « miracle » ivoirien, la densité de population en zone rurale a beaucoup augmenté poussant à l’utilisation des plus mauvaises terres et à la déforestation. Les villageois ont aussi conscience d’une baisse de la fertilité des sols, que les ressources naturelles s’épuisent, qu’ils maîtrisent plus difficilement l’enherbement, aboutissant à des rendements moindres : « Autrefois, la terre était plus riche, les arbres plus nombreux... ». En conséquence, la question posée est celle de retrouver la végétation du passé : « Comment faire pour que la nature retrouve sa capacité de production d'antan ? ».

Ces préoccupations des villageois sur la disponibilité de la terre et sa productivité sont étroitement liées à leur souhait que les jeunes puissent avoir des revenus qui leur permettent de rester et de vivre au village : « Comment faire pour que les jeunes fassent du vivrier dans de meilleures conditions ?, Comment faire du café-cacao au village au bénéfice des jeunes ? ».

Aux difficultés de maîtrise de la production, à la dégradation de la fertilité des sols, se juxtaposent les évolutions économiques avec la disparition de la Caisse de stabilisation, la privatisation des circuits de commercialisation, la disparition des prix minimum garantis au producteur qui assuraient une certaine sécurité des revenus dans le temps permettant aux familles de faire des prévisions : « Le prix n’étant plus stable sur le café et le cacao on ne peut plus faire de calcul et de prévisions. Le changement, cela déstabilise tout ». Une forte inquiétude est globalement manifestée face au changement et aux adaptations à celui-ci. Avec deux types d’attitudes : les vieux ont tendance à dire « Avant, c’était mieux que maintenant… », complétée par « Est-on obligé de changer ? », les jeunes se posant la question : « Comment s'adapter aux nouvelles conditions du milieu ? ».

Tous s’accordent à penser que la formation devrait les aider à mieux comprendre et maîtriser les changements en cours. Le résultat est d’autant plus intéressant que l’enseignement ivoirien, très académique, n’est pas vraiment « branché » sur la vie réelle, ne prépare pas à un métier et ne sert à rien pour trouver un emploi. Les villageois demandent donc des formations courtes, adaptées à leurs conditions de vie, leur disponibilité, leurs langues, préparant à des activités bien précises : la responsabilité d’une coopérative, la gestion d’une caisse de crédit, la culture de produits maraîchers, la connaissance des circuits de commercialisation… Ils sont même prêts à financer une partie de la formation si celle-ci répond bien à leurs attentes ! Mais pas trop, quand même, compte tenu que leurs revenus sont très faibles.

En conclusion du séminaire, le responsable ivoirien souligne :« Je vous remercie pour votre disponibilité, de votre participation active à ces travaux et du grand intérêt que vous avez marqué. Mais, vous pouvez nous dire « Ils n’ont pas apporté de réponse à nos problèmes ! »…c’est vrai, mais nous sommes au début d’une réflexion dans laquelle nous souhaitions avoir votre avis, connaître vos préoccupations, pour pouvoir imaginer une solution d’ensemble à l’occasion de la nouvelle politique qui se met en place ». Espérons qu’à ce petit jeu les paysans ivoiriens ne se lassent pas trop vite… car on aura encore certainement bien besoin de connaître leur avis alors que les réponses qu’ils attendent risquent de ne pas venir très vite.

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