La cascade du village de Zadepleu - Le mont Tankoui

 

Côte d'Ivoire Man cascade

En mission à l’étranger, contrairement aux sous-entendus des collègues qui nous voient partir avec envie et qui évoquent plages, palmiers et farniente, on travaille généralement beaucoup et les temps de loisir sont limités, voire nuls. De fait, pour une fois, nous sommes contraints à l’oisiveté car nous n’avons aucune information des responsables ivoiriens sur l’organisation de l’atelier suivant.

A Man, deux sites sont particulièrement intéressants, la cascade et le mont Tankoui, car les monuments touristiques sont limités. Première destination donc, la cascade du village de Zadepleu !

A la sortie de Man, dans une petite gorge, une rivière tombe d’une vingtaine de mètres le long d’une paroi dont les différentes strates forment un escalier aux marches gigantesques sur lesquelles l’eau rebondit avant de s’écouler dans un petit bassin naturel. Le plus attirant n’est pas la cascade, jolie certes, mais pas vraiment exceptionnelle, non ce qui est extraordinaire c’est que la cascade est le lieu de rendez-vous de toute la jeunesse de la ville. Ils y viennent à pied, parfois en taxi, le plus souvent en bandes joyeuses de garçons et de filles. Certains garçons portent sur l’épaule un énorme appareil radiocassette qui crache des rythmes afro-jamaïcains à pleins décibels.

La municipalité, propriétaire du site, fait payer quelques francs le droit d’entrée et deux gendarmes y sont en faction pour assurer le maintien de l’ordre. Mais l’ordre a l’air de se maintenir tout seul sans besoin de gendarmes. La seule préoccupation des garçons et des filles semble être d’aller à la cascade soit, pour les plus courageux, afin de s’y mettre en maillot de bain et se faire doucher sous la chute d’eau ; soit, pour les moins courageux, de regarder les premiers. Sous la cascade, les adolescents escaladent les marches naturelles puis, par grappes, se mettent à chanter et à danser. En face, sur les bords du ruisseau, ou les pieds dans l’eau de la cuvette, les jeunes se pressent en groupes compacts. C’est quasiment la foule du métro à six heures du soir, mais d’une foule débonnaire, rieuse, moqueuse, s’apostrophant, discutant, se lançant des défis, chantant et dansant.

Et puis, vers six heures du soir, tout ce petit monde plie bagage avant la tombée de la nuit. Garçons et filles quittent leurs maillots de bain, enveloppés dans une serviette, pour se rhabiller, et repartent en bandes rieuses vers Man.

Seconde destination : le mont Tankoui qui domine la ville de Man de ses 1 189 mètres.

Tonkoui signifie « grande montagne » en yacouba, une langue de la région. Le chemin grimpe dans la montagne, d’abord au milieu des champs de maïs et de riz pluvial réalisés sur des brûlis, puis dans la grande forêt, touffue, luxuriante, dense. Le chemin est en assez mauvais état, mais le véhicule à quatre roues motrices qu’on nous a prêté se tire assez bien de ces difficultés, sans déraper. Comme le plus souvent, le sommet du Mont Tankoui est malheureusement dans les nuages et cela ne permet pas d’avoir une vue très dégagée sur les montagnes et vallées environnantes.

Le sommet du mont est occupé par une magnifique villa, fermée, avec jardins en terrasses, petits pavillons, loggias. C’est, paraît-il, l’ancienne villa de Pierre Mesmer, ancien Premier ministre du Général de Gaulle, et ancien responsable administratif de la colonie. Autour, dans la forêt du Mont Tankoui, il aurait été à l’initiative de la plantation de quinquinas (Cinchona officinalis), un arbuste originaire de l'Équateur,  exploité pour son écorce dont on extrait la quinine qui sert de base aux traitements antipaludéens. Les plantations sont actuellement en très mauvais état, tout juste peut-on identifier quelques arbres qui survivent chétivement au bord des chemins de la grande forêt.

La nuit tombe, et la pluie aussi d’ailleurs ! La route du retour n’est pas facile, d’autant que les nappes de nuages envahissent les flancs de la montagne. Pour ajouter encore un peu d’imprévu et de piment – parler d’aventure est peut-être exagéré – il n’y a plus d’essence dans le réservoir ! La perspective d’une descente à pied du Mont Tankoui, dans la boue du chemin et sous la pluie ne me réjouit pas tellement. Le chauffeur saura finalement déjouer les pièges de la route tout en conservant le pied léger pour arriver à bon port sans incident et sans panne.

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