Mode d’emploi des taxis-brousse – Et des cabines téléphoniques

 

Côte d'Ivoire Man 3

Si l’organisation de la première manifestation à Bouaflé avait été satisfaisante, à Man rien ne semble prévu, ni salle de réunion, ni hébergement et restauration des participants, ni invitation des représentants des organisations agricoles, ni représentation des enseignants agricoles ivoiriens, ni véhicule pour se déplacer, ni même présence de responsables du ministère de l’Agriculture !

Bref, rien de rien ! Heureusement que le début de l’atelier est prévu le mercredi seulement, cela laisse au moins deux jours pour essayer de compenser, de chercher et proposer des solutions.

Aussi nous répartissons-nous les tâches entre intervenants Français et quelques collègues ivoiriens embarqués dans cette galère, notamment les contacts avec les différentes organisations agricoles, syndicats, coopératives, mutuelles de crédit, associations de producteurs, groupes de femmes, sociétés de développement, établissements de formation, pour les inviter à participer aux débats et faire part de leurs expériences, analyses et propositions.

Il m’échoit, avec deux collègues ivoiriens, d’aller rencontrer les responsables d’une grande coopérative agricole à Biankouma, à quelques kilomètres de Man. Comme nous ne disposons pas de véhicule, il faut donc s’y rendre en taxi-brousse.

Si vous ne connaissez pas les taxis-brousse, voici le mode d’emploi : vous vous postez au bord de la route, à la sortie de Man, où vous savez que passent les taxis-brousse en direction de Biankouma. Vous faites signe à tous les minicars japonais surchargés de personnes et de bagages qui empruntent la route. Le chauffeur ralenti alors et se rapproche de vous. Quand le car est près de vous, sans toutefois s’arrêter, vous criez la destination « Biankouma » à l’adjoint du chauffeur qui a ouvert la porte coulissante latérale. Si c’est sa destination, l’adjoint tape sur le toit du taxi et le chauffeur l’arrête. L’adjoint vous ouvre la porte latérale, vous lui réglez la course en négociant le prix et vous essayez de trouver une place dans le minicar. Dans le cas contraire, le chauffeur redonne un coup d’accélérateur et vous laisse en plan au bord de la route.

Au bout d’une heure, nous en étions à notre cinquième ou sixième tentative quand l’un de mes collègues s’avise qu’il vaudrait mieux téléphoner à la coopérative pour nous annoncer. Première chance : la coopérative a une ligne téléphonique, ce qui est encore très rare. Seconde chance : nous sommes à côté d’une cabine téléphonique. Ah non ! Pas une de ces cabines publiques en aluminium et verre, cela n’existe pas ici, mais la baraque en planche d’un opérateur privé lesquels se sont beaucoup développés ces dernières années[1]. L’opérateur est à l’intérieur de la cabane, derrière un guichet fermé par un treillage de bois. Vous lui demandez le numéro de téléphone que vous souhaitez obtenir, il compose le numéro sur un téléphone filaire très ordinaire et, s’il obtient votre correspondant, il vous passe le combiné par l’ouverture du guichet. Au moment où vous dîtes « Allô ! », il déclenche son chronomètre qu’il laisse tourner jusqu’au moment où vous lui rendez le combiné. Vous payez alors, sans que l’on comprenne très bien les bases de la tarification. Vous pouvez aussi vous faire appeler dans une de ces cabines téléphoniques, à une heure convenue. Face à la très grande rareté des cabines publiques et à leur absence générale d’entretien, ces petits opérateurs se sont multipliés le long des trottoirs. Il suffit d’une ligne téléphonique à proximité, de construire une cabane et de demander le raccordement à la société téléphonique nationale. Finalement, outre que cela permet le développement de l’usage du téléphone, cela crée aussi de l’emploi.

Bref, après cette initiation à la téléphonie et aux transports locaux, force est de constater qu’aucun responsable n’est présent à la coopérative de Biankouma et que ce n’est donc pas la peine de continuer à chercher un taxi-brousse. Nous irions en pure perte.

Nous avons une troisième chance : au moment où nous décidons d’abandonner, un de nos collègues passe devant nous, dans une voiture prêtée, pour faire quelques courses préparatoires à l’atelier : achat de papier, de feutres et surtout emprunt de tableaux de papiers à un organisme de développement agricole.


[1] Note de 2014. C’était aux temps préhistoriques du téléphone filaire ! L’invention et la généralisation des téléphones portables ont désormais totalement révolutionné les communications en Afrique.

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