L’association des femmes intégrées et son animatrice

 

Côte d'Ivoire Man 2

Certes, j’exagère un peu quand j’affirme que toute l’après-midi n’aura été consacrée qu’à l’achat de six feutres et d’une ramette de papier. Outre notre tentative de nous rendre à Biankouma, nous avons aussi distribué quelques invitations auprès d’institutions agricoles de la région dont l’expérience et les réflexions pourraient enrichir nos études.

Cela a notamment été le cas auprès d’un groupement à la dénomination énigmatique, « L’Association des Femmes Intégrées pour… je ne sais plus quoi » ! J’ai seulement souvenir de cette appellation étrange : « femmes intégrées ». Je ne vois pas très bien en effet ce que peuvent être des « femmes intégrées » ? Des « femmes intègres », oui. Ou cela s’écrirait-il « Association des femmes intégrée », bien qu’il serait préférable alors de le rédiger « association intégrée des femmes », auquel cas c’est l’association qui serait intégrée. Mais intégrée à quoi ?

Femmes « libérées », j’aurais également pu comprendre compte-tenu de la forte personnalité, très expansive, de la responsable que nous avons rencontrée.

Après ce détour grammatical et interrogatif, reprenons… A l’arrivée devant les locaux de l’association, le collègue français, animateur de l’atelier, refuse tout de go de sortir du véhicule pour aller porter l’invitation ! Il demande à un de nos partenaires ivoiriens d’aller déposer la lettre au secrétariat en lui faisant cette recommandation énigmatique : « Surtout ne dit pas à Justine que je suis là ! ». Je m’étonne un peu, mais pense qu’il est tout simplement pressé de rentrer après les attentes multiples de l’après-midi.

Peine perdue, une jeune femme (Justine, je suppose ?) se plante à côté du véhicule, fait la bise à notre ami à travers la vitre baissée, ami qui évite d’ailleurs soigneusement d’ouvrir la porte et de descendre de voiture. Justine lui reproche gentiment, mais énergiquement, de n’être pas venue la voir :

« On ne m’a pas dit que tu étais là. Pourquoi n’es-tu pas venu me voir ? Tu sais que j’ai tué le chevreau, il en reste, je t’invite à dîner, quand tu veux.

Ah ! Mais cela m’intéresse tout à fait votre atelier, je viendrai, c’est sûr.

Tu sais que j’étais la semaine dernière avec le Président. Oui, il me connaît bien. Il est même venu m’embrasser au début de la réunion. Il m’a dit que j’étais toujours pareille, toujours éclatante. Tu sais, il connaît bien la région.

Je viendrai à votre atelier. Peut-être même avant, pour la préparation. Je passerais au centre… », etc… etc…

Note de l’auteur : celui-ci ne retranscrit évidemment pas la totalité du dialogue - enfin le dialogue… le monologue plutôt – de la scène vécue et se permet de le réduire à sa plus simple expression pour ne conserver que quelques éléments clefs de la discussion de peur de lasser le lecteur. Car cela a duré quelque temps.

On l’aura compris, Justine est un personnage ! Manifestement, elle connait « du monde » et s’en vante largement. Elle se serait beaucoup baladée dans le monde, aux Etats-Unis notamment, où elle aurait eu sa photo dans les journaux. Y aurait-elle fait du cinéma, ou y aurait-elle été Reine de beauté ? Va savoir ? Le mystère fait partie de la légende du personnage. Elle affirme aussi connaître tous les responsables ivoiriens et être avec eux « à tu et à toi », d’où sa tirade sur le Président, manière d’affirmer aussi qu’elle est quelqu’un d’important.

Ce qui est sûr, c’est qu’à défaut de faire du cinéma, elle « fait son cinéma » et qu’elle pourrait effectivement bien connaître beaucoup de monde, des hommes en particulier, dont elle semble apprécier la présence. 

Liste des articles sur la Côte d'Ivoire.

Télécharger le document intégral