Lecture du « Libéral » - Les fabuleux conseils du Chef de l’Etat

 

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Le quotidien « Le Libéral » porte en sous titre « Le quotidien d’information des Républicains ». C’est l’organe d’information d’un parti d’opposition, le Rassemblement des Républicains, R.D.R en abréviation[1]. Inutile de dire qu’il n’est pas particulièrement tendre vis à vis du gouvernement et notamment du chef de l’Etat, le président Henri Konan Bédié[2].

Ce gouvernement semble être un joli ramassis de copains et de coquins, à preuve, ce détournement de 18 milliards d’aide de la communauté européenne. Certes, ce ne sont que des francs CFA, mais quand même. La technique en était particulièrement simple et éprouvée : surfacturation de matériel et d’équipement sanitaire et médical. Deux ministres sont directement impliqués, le ministre de la santé et celui de la décentralisation. Le journal n’a pas de mots assez durs pour vilipender ces deux ministres et le comportement du gouvernement : honteux, discrédité, crime, inhumain… La seule réaction du gouvernement a été de porter plainte contre X pour « détournement des deniers publics, complicité de détournement, faux et usage de faux, escroquerie, dissipations de deniers privés, abus de confiance et de biens sociaux » ! Et les ministres sont encore en poste.

Cette tactique de l’appel à la justice apparaît comme la stratégie privilégiée du président Bédié. Recevant une délégation d’agriculteurs de la filière café-cacao, il leur a conseillé de porter plainte contre les pratiques délictueuses des acheteurs de cacao qui payent le produit aux paysans 150 à 200 francs le kilo alors que le prix indicatif fixé par le gouvernement est de 460 francs. Sur la responsabilité du gouvernement dans la suppression des organismes d’intervention de la filière cacao… rien. Sur le rôle des services de l’Etat pour le respect du prix indicatif… rien. Sur l’engagement de fonds de garantie des prix… rien. Non, la responsabilité est ailleurs, du côté des paysans eux-mêmes : « La faiblesse est au départ du côté des paysans. Et on ne peut pas se laisser faire pour crier au voleur sans un nom et un reçu », « Il faut résister au vol et à la spoliation », « Il faut que les paysans s’organisent » !

Imaginons la situation. Le paysan, qui n’a aucun moyen de stocker ses 50 ou 100 kilos de fèves de cacao, ni de moyen de transport pour aller les vendre à la ville, attend avec impatience le passage de la camionnette du commerçant. Il a certainement quelques dettes à rembourser, tant auprès d’autres agriculteurs plus aisés qu’auprès d’autres commerçants qui lui ont consenti de petites avances pour des achats courants, il doit également payer l’uniforme de ses enfants pour la prochaine rentrée scolaire ainsi que les frais d’écolage. Le paysan connaît bien l’acheteur de cacao, c’est le seul acquéreur qui passe régulièrement au fin fonds de sa brousse. Ce commerçant lui a d’ailleurs déjà fait des petites avances d’argent dans le passé à chaque fois qu’il avait des difficultés pour acquérir des engrais ou des produits de traitement. Et puis ce commerçant est solide, il paye toujours comptant.

On comprend tout de suite, comme le président Henri Bédié qui affirme avec culot « je suis moi-même paysan », que le petit paysan va pouvoir exiger une facture détaillée, portant la date de la transaction, la raison sociale de l’acheteur, le nom du vendeur, la quantité vendue, la qualité du cacao, le prix à l’unité et le prix total de la transaction ! A défaut d’une facture avec tampon, il obtiendra certainement un ticket de caisse qui fera aussi bien l’affaire. Si le commerçant refuse de fournir l’un ou l’autre, il suffit au paysan de faire appel à un huissier assermenté qui dressera alors un procès-verbal de l’opération. Une fois en possession d’une de ces pièces, il n’a plus qu’à se rendre à la ville voisine, à un ou deux jours de marche, pour porter plainte auprès de la justice de paix.

Rien donc de plus simple ! Le conseil est excellent.


[1] Le Rassemblement Des Républicains de Côte d'Ivoire est issu d'une scission du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), ancien parti unique. Il est créé en 1994 suite à des désaccords lors d'un congrès extraordinaire du PDCI. L'année suivante, Alassane Ouattara, directeur général adjoint du FMI et membre du RDR, renonce à se présenter à l'élection présidentielle qui voit l'élection d'Henri Konan Bédié.

[2] Henri Konan Bédié est président de la République de Côte d'Ivoire de 1995 à 1999. Il est élu Président à la mort de Félix Houphouët-Boigny, premier Président de la Côte d’Ivoire, et sera renversé par Robert Guéï à la faveur d'un coup d'État militaire le 24 décembre 1999. Il a participé à créer le concept « d'ivoirité » selon lequel une personne serait ivoirienne seulement si ses quatre grands-parents sont nés en Côte d'Ivoire… ce qui lui permettait d’écarter de la course à la présidence son opposant Alassane Ouattara.

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