Lutte anti-Bédié - Horoscope – Et vente de pagnes

 

Côte d'Ivoire zodiaque

Dans ce numéro du « Libéral », il y a un autre article anti-Bédié qui fait suite à la publication récente de son autobiographie « Les chemins de ma vie ». Tout homme politique se croit désormais obligé de pondre pareil pensum à la veille d’un scrutin présidentiel ! Henri Konan Bédié n’y a évidemment pas échappé même si le taux d’alphabétisation des plus de 15 ans n’est que de 50% !

Pour faire la critique du pensum, le journal s’est adressé à un professeur, « éminent homme de lettre » (sans S !) « et membre du secrétariat national à l’Orientation et à la Formation du R.D.R ».

La critique est curieuse, avec des affirmations à l’emporte-pièce du genre : « A la suite de Shakespeare, on peut dire que notre vie est une scène de théâtre. La vie de Bédié, comme celle de nous tous d’ailleurs, étant une scène de théâtre ». Imagine-t-il Bédié en Macbeth ? En Polonius ? En Iago ? Un peu plus loin, c’est Albert Camus qui est appelé à la rescousse de la démonstration, car notre critique est un éminent homme de lettres (avec un S) qui a donc plus d’un auteur dans son sac : « Et comme le disait Albert Camus, les déceptions, les frustrations et les malheurs qu’on a sont l’intervalle entre deux bonheurs… ». Mais où est-il allé chercher tout cela ? Une référence, vite !

Après cette critique littéraire de haut vol, l’auteur promet que le livre sera soumis « au feu incandescent de la connaissance scientifique » dans les prochains jours. Ah ! Je regrette de partir trop tôt et de rater l’article.

La lutte anti-Bédié n’empêche pas « Le Libéral » d’avoir une rubrique « horoscope », laquelle serait tout à fait ordinaire dans sa composition et ses prédictions si elle n’ajoutait des recommandations rares et néanmoins utiles : les offrandes qu’il faut faire ! Je vous passe les prédictions, désormais dépassées et de toute façon très ordinaires, pour vous proposer les conseils en matière d’offrande :

  • Pour les Béliers, « offrandes : tissus blanc noir et 150 francs à un vieux ». 150 francs à un vieux, je comprends et ce n’est pas cher[1], mais qu’est ce qu’un « tissu blanc noir » ?
  • Pour les Balances (intéressant, c’est mon signe) : « offrandes : coq blanc noir, cérémonie en famille ». C’est un peu abscons, où vais-je trouver un coq blanc noir ? Et comme je ne suis pas en famille, cela ne servira à rien de toute façon. Mais continuons.
  • Pour les Capricornes : « offrandes : 33 pièces de 10 F à une fillette, prière éclair ». Avec une pareille offrande, il vaut mieux avoir à faire une prière éclair car ce sera un vrai calvaire que de récupérer 33 pièces de 10 francs. Il n’y a jamais moyen d’avoir de la monnaie dans ce pays. Encore que je suppose qu’il doit exister deux économies parallèles : celle des blancs et cadres ivoiriens dans laquelle les transactions s’effectuent en billets comprenant au moins trois zéros et où il est très difficile de disposer de petite monnaie, et celle des Ivoiriens de base dans laquelle les transactions ne doivent se faire qu’en pièces de monnaie et billets de 500 francs. Il n’y a qu’à regarder l’allure de ces billets : ce sont toujours les plus fripés, les plus crasseux, les plus collants. Ces billets là doivent avoir eu des vies étonnantes, mouvementées. Pliés, ils ont été serrés dans un mouchoir avec des pièces de monnaie et ont été enfouis dans une poche ; roulés, ils ont été dissimulés dans un corsage de mama…

Mais j’allais oublier une autre rubrique d’importance du « Libéral », celle des communiqués du parti. C’est d’ailleurs une rubrique bien remplie car nous sommes à la veille du congrès du R.D.R. On y trouve donc les convocations aux différentes réunions préparatoires du congrès et surtout l’avis que les pagnes du congrès sont désormais disponibles auprès du président du comité d’organisation ou du secrétaire chargé de la mobilisation ! Je suppose qu’il s’agit de ces magnifiques pagnes qui permettent d’arborer sur la poitrine, dans le dos et sur les fesses la photo du président du R.D.R ? Là encore, je regrette de n’avoir pas le temps de m’en procurer un. Mon épouse ferait certainement un tabac en France dans une robe confectionnée avec l’un d’eux.