Savoir faire des concessions mineures pour calmer les mécontentements

 

 

Côte d'Ivoire Man 4

Tout se déroule le mieux du monde au début de l’atelier pendant la présentation des résultats des enquêtes et la discussion qui suit. Jusqu’au moment ou un des participants, après avoir posé une question sur la méthodologie d’enquête utilisée, fait part de son inquiétude concernant les questions d’hébergement et de restauration et demande que les responsables de l’atelier fassent connaître les dispositions prévues !

Aïe ! Cela sent le roussi, d’autant qu’au cours de la pause du matin, les participants avaient déjà constitué de petits groupes de discussion très agités. Les fauves sont lâchés, la curée commence !

Le responsable ivoirien prend la parole, commence par se moquer de l’interlocuteur parce qu’il n’a pas écouté, ou pas compris, ou pas voulu comprendre, le début de l’exposé dans lequel nous expliquions comment nous avions procédé. Le dompteur a sorti sa cravache, ça claque dans les airs, le fauve qui montrait les crocs recule face au dompteur, il se fait tout petit. Le public suit le numéro en changeant progressivement de camp, du fauve au dompteur. Alors, magnanime, le dompteur annonce à forte et intelligible voix : « A midi, nous vous invitons à déjeuner et je vous y expliquerai comment nous allons faire… ». Silence dans les rangs, un ange passe, puis deux… et il enchaîne, faussement naïf : « D’autres questions sur l’exposé ? ».

A midi, des minibus nous conduisent dans un restaurant du centre ville où nous sommes servis sous une vaste paillote. Notre responsable se garde bien d’affronter tout de suite ses fauves qui pour l’instant filent doux. Il attend son heure, la fin du repas quand les estomacs sont repus et que chacun souhaite pouvoir faire une petite sieste. Il sort alors l’artillerie lourde en proposant tout de go aux participants de choisir entre deux solutions : soit, il s’occupe de tout, hébergement et repas, soit il donne 5 000 francs par jour à chacun des participants. Au passage, je note qu’il a doublé la somme qu’il avait initialement proposée ! Si le rapport de force semble être en sa faveur, une somme trop faible aurait eu tôt fait de le retourner brutalement. Il faut savoir donner du mou dans la longe. Le calcul est habile, tous demandent à être indemnisés parce que tous ont une petite combine pour être hébergés à Man chez des parents ou des amis ! Le dompteur connaît bien ses fauves et sait les prendre dans le sens du poil. Circulez ! Vous pouvez aller faire la sieste. La question est réglée !

La suite de l’atelier se passe au mieux, avec une très forte participation des invités. Ils sont très attentifs et prennent une part active dans les discussions des groupes de travail.

Les débats se centrent sur les difficultés d’accès au foncier entraînant une privatisation progressive des terres, la baisse de fertilité des sols et les difficultés grandissantes d’installation des jeunes d’autant plus préoccupantes qu’avec l’absence d’emplois dans l’administration et en ville, le nombre des jeunes qui reste et cherche une activité au village augmente. Comme à Bouaflé, les participants insistent également sur la nécessaire amélioration des conditions de vie, les villageois demandent des centres de santé, des écoles, l’accès à l’eau et l’électricité, des services publics… Enfin, les changements en cours, modifient profondément les relations entre agents de développement et paysans parce que les exigences sont plus fortes. Les jeunes sont plus instruits, porteurs d’innovations et de changement, les services deviennent payants et, en conséquence, les bénéficiaires sont à la fois plus exigeants sur la qualité des services rendus mais aussi sur leur participation aux décisions qui les concernent.

La formation n’est plus pensée comme un moyen pour les jeunes d’accéder à un bon poste dans la fonction publique, avec un salaire régulier. Chacun sait désormais que ces emplois seront plus rares et la formation acquiert doucement un autre statut, celui d’un outil pour l’appui à la réalisation de ses projets pour l’amélioration des revenus.

Nous marquons enfin un grand coup médiatique en annonçant que seront distribués les actes de l’atelier une demi-heure après la clôture de sa dernière séance ! En conséquence, personne ne part avant la fin et tous les participants attendent bien sagement l’arrivée des photocopies. Ils se ruent dessus quand elles arrivent comme la misère sur le pauvre monde ! En une minute la pile est réduite à sa plus simple expression, nous arrivons tout juste à sauver deux ou trois exemplaires pour nos archives personnelles.

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