La basilique Notre-Dame-de-la-Paix de Yamoussoukro

 

Côte d'Ivoire Yahoussoukro basilique 2

Rien n’étant prévu par les autorités ivoiriennes pour notre retour à Abidjan, nous nous débrouillons comme nous pouvons. Une coopérante française nous propose de profiter de sa voiture jusqu’à Yamoussoukro. Puis nous réussissons à négocier avec le chauffeur du ministère pour que celui-ci vienne nous y chercher le lendemain afin de nous conduire à l’aéroport d’Abidjan.

Pour notre peine, nous nous gratifions généreusement d’une heure de tourisme et visitons la Basilique Notre-Dame-de-la-Paix de Yamoussoukro.

La Basilique ? Imaginez Saint-Pierre de Rome au milieu de nulle part, une gigantesque étendue de pelouse cernée par un océan de petits palmiers ! Et au milieu de ce rien, un énorme dôme de béton architectonique. L’architecture de la Basilique ne brille pas par l’imagination, même si elle comporte de nombreuses innovations techniques. Sa conception est manifestement copiée sur la Basilique romaine : plan en croix grecque, vaste dôme avec oculi, colonnade précédent le porche enserrant une vaste esplanade. Il existe néanmoins quelques différences : le plan général en croix grecque est dû à une colonnade qui entoure l’église proprement dite qui est de forme ronde. En conséquence, à l’intérieur, le vaste dôme coiffe toute la surface. Autre innovation, le mur circulaire est percé de très nombreux vitraux colorés ainsi que le sommet du dôme lui-même, assurant une très grande luminosité mais de façon douce et tamisée.

L’ensemble est luxueux, voire fastueux : importance des surfaces de vitraux, marbres à profusion, stalles de bois précieux. Tout a été fabriqué en France. Rien n’était trop beau pour la splendeur de la Basilique ! Si l’on en croit Houphouët-Boigny, il aurait payé la construction de la Basilique sur ses seuls deniers. Mais, cela n’était évidemment pas possible sans avoir pillé, au préalable, largement, consciencieusement et minutieusement, le budget national notamment, dit-on, la Caisse de stabilisation[1]… donnant ainsi le plus mauvais exemple possible à l’ensemble des Ivoiriens !

Si cette mission était extrêmement intéressante par les contacts que nous y avons eu, mais surtout la connaissance des problèmes agricoles que nous y avons acquis, elle n’aura pas été facile par suite d’une organisation ivoirienne totalement défectueuse et une utilisation à d’autres fins des crédits de l’opération. « C’est l’Afrique, Patron » ! Mais je croyais que la Côte d’Ivoire était le pays le plus riche et le mieux organisé de la zone ? Si Abidjan et Yamoussoukro constituent effectivement une vitrine plutôt flatteuse, le reste du pays n’apparaît pas différent de ce que je connais du Burkina-Faso, du Bénin, du Cameroun ou d’autres pays francophones d’Afrique.

Mais les causes de ma perplexité sont aussi ailleurs. Certes, avec la majeure partie des participants ivoiriens, nous discutons facilement grâce à l’utilisation d’une même langue, mais cette compréhension mutuelle me semble superficielle car nos modes de raisonnement diffèrent. C’est la première fois que je ressens l’importance de ce fossé. Les Africains utilisent un langage fleuri, comprenant de nombreux exemples concrets, des images, des comparaisons audacieuses, des analogies, des métaphores, de nombreux proverbes. Les Français usent d’un langage rationnel, linéaire, passant d’un élément au suivant dans une déduction logique, en faisant référence à de nombreux concepts. Une même langue, mais nous comprenons-nous véritablement ?

« ... la raison négro-africaine ne moule pas l’objet sans le toucher en des catégories et concepts rigides, elle dérouille les choses, pour leur rendre leur couleur primordiale, avec leur grain, leur son et leur parfum ; elle les perfore de son rayon lumineux pour en atteindre la substantifique surréalité dans son humidité originelle, il serait plus juste de parler de sous-réalité. La raison européenne est analytique, discursive par utilisation, la raison négro-africaine, intuitive par participation »[2].

 

Abidjan, Bouaflé, Man, Mirepoix, Montpellier, juillet / septembre 1999.


[1] « Le Soir ». « La Basilique de Yamoussoukro »”. 2 octobre 1989.

[2] Léopold Sedar Senghor. « Discours au Congrès de l’Union Nationale de la Jeunesse du Mali ». 1960.

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