Une alliance financière et stratégiques avec Charles Quint - La Strada Nuova, illustration de l'urbanisme de la Renaissance

 

Gênes stradanuova

« Personne ne sait mieux que toi, sage Kublai, qu’il ne faut jamais confondre la ville avec le discours qui la décrit. Et pourtant entre la ville et le discours, il y a un rapport »[1].

A la Renaissance, l’institution médiévale du Dogat fait place à une république oligarchique composée des plus grandes familles de la noblesse de la cité ligure. Aux XVIe et XVIIe siècles, la république aristocratique de Gênes, « la Superbe », s’enrichie effrontément grâce à ses activités commerciales et bancaires au service de l’Espagne ; cette période est d’ailleurs connue en Espagne sous le terme « siglo de los Genoveses »[2] !

Bien implantés dès le XIVe siècle à Cadix et Séville, les Génois choisiront l’alliance avec Charles Quint, contre les Français, en échange de la reconnaissance de leur autonomie par l’Empereur. Ils deviendront les banquiers de l’Empire en consentant des avances à la monarchie espagnole, avances gagées sur les marchandises ramenées dans les galions de retour des Amériques. Plus que simples banquiers, ils approvisionneront également l’Espagne en produits européens et participeront au riche commerce avec les Indes.

De fait, l’or ramené des Amériques aboutira in fine dans les coffres des banquiers et commerçants génois.

« L’or naît aux Indes, meurt en Espagne, est enseveli à Gênes »[3].

La « Strada Nuova » (via Garibaldi), la rue neuve, a été réalisée entre 1550 et 1570 sous la supervision de Galeazzo Alessi (1512 / 1572). Elle est également connue sous le nom de « Rue des Rois », titre qui lui aurait été donné par Mme de Staël. Alessi, établit à Gênes depuis 1548 à l’invitation de la République pour y réaliser les fortifications du port, réalise plusieurs édifices le long de la Strada Nuova, le palais Cambiaso (1565), le palais Lercari-Parodi (1567), mais la plupart des palais de la rue sont signés de ses élèves et assistants, palais Correga Cataldi, palais Lomellini, Palazzo Bianco…

La Strada Nuova constitue une remarquable illustration des idées de la Renaissance appliquées à l’urbanisme. En effet, jusqu’alors, les palais de la noblesse de Gênes, comme ceux des autres cités italiennes, étaient érigés au sein de la ville médiévale, au long des ruelles tortueuses, étroites, descendant vers la mer. Construite hors les murs, la Strada Nuova présente une conception urbanistique nouvelle et révolutionnaire, fondée sur la réalisation de rues droites dont la largeur est en harmonie avec la hauteur des édifices, avec des façades strictement alignées, chacun ne présentant à la rue qu’une façade isolée.

L’organisation de la Cité, selon Alberti (1404 / 1472), doit être régie par les principes de la nécessité, de la commodité et de la beauté.

« La rue, que l’on appelle ici Strada Nova, est sans doute le plus sublime alignement de bâtiments du monde »[4].


[1] Italo Calvino. « Les villes invisibles ». 1972.

[2] Siècle des Génois.

[3] F. De Quevedo. Cité par l’Encyclopédie Universalis.