Sites minoens de Kato Zakros et Gournia – Moni Toplou et rôle de l'église orthodoxe dans la lutte antinazis

 

Grèce Crète Moni-Toplou

Les Minoens savaient choisir leurs sites pour implanter leurs palais, au moins aussi bien sinon mieux, que les promoteurs touristiques modernes. Sur la côte Est, dans un cadre majestueux de montagnes, le palais servait à la fois de résidence, de centre administratif et commercial pour l'import-export de produits en provenance et à destination de l'Egypte et d'autres civilisations du Moyen-Orient. Une toute petite partie du site a été dégagée, à la sortie d’une gorge profonde.

Le site de Gournia apporte d’autres informations sur les Minoens. Plus qu’un palais, c’est ici une partie d’une ville qui est dégagée. Les vestiges de murs permettent de se donner une idée du tracé des rues, lesquelles étaient très étroites et irrégulières, mais aussi de l’architecture des maisons composées de nombreuses petites pièces, souvent de moins de 2 mètres sur 2. Des escaliers internes desservaient un étage laissant penser que le rez-de-chaussée était occupé par des magasins, des réserves ou des ateliers, alors que le premier servait d’habitation. La destruction de ces deux sites remonte vers 1 500 av. J.C, période à laquelle disparut la civilisation minoenne. La cause sinon directe, du moins par ses effets secondaires, pouvant être l’éruption et l’explosion du volcan Théra de l’ile de Santorin.

Moni Toplou est un autre petit monastère, perdu dans la montagne. Particularité : le monastère possède un campanile de style Renaissance italienne de 1558. Il est en parfait état, ayant manifestement bénéficié d’une restauration récente. Les moines prennent également le plus grand soin de leurs plantations de fleurs, plantes aromatiques et de cactus. L'église est décorée de fresques du XIVe siècle et possède un chef d'œuvre de la peinture crétoise de loanis Kornaros (1770), « Megas ei Kyrie » (la grandeur de Dieu). Cette peinture, d’une taille relativement modeste (1,33 m de haut sur 0,85 m de large), protégée par une vitre, est composée de soixante et une scènes représentant chacune un des versets de l’Epiphanie. Au sommet, dans les sphères de l’univers, siègent Dieu le Père à droite, son Fils à gauche, et le Saint Esprit entre eux deux. Tout autour, les archanges, anges, séraphins et chérubins. Au centre de la composition, le baptême du Christ par Saint Jean-Baptiste dans les eaux poissonneuses du Jourdain. Plus bas, la vierge Marie avec son fils sur ses genoux, entourée d’Eve, qu’elle tient par la main, et d’Adam devant un pommier. En dessous, le Christ descend dans les Limbes chercher les âmes de ceux qui n’ont pas reçu le baptême. Puis, on peut reconnaître Jonas sortant du ventre de la baleine, la création du monde, la traversée du Jourdain avec l’arche d’alliance contenant les tables de la Loi, la Nativité et l’arrivée des Rois mages, la Cène... Mais il est difficile d’observer longuement et en détail la peinture, d’une part à cause de la semi obscurité de l’église, mais aussi parce que les visiteurs grecs viennent la vénérer et l’embrasser.

Là aussi, le monastère a joué un rôle dans la lutte contre l’occupation ottomane en servant de refuge aux Crétois pourchassés. Il abrita une école secrète qui, découverte par les Ottomans, causa le massacre de douze moines en 1866. Pendant l’occupation nazie, nouvel engagement du monastère dans la Résistance : un poste émetteur y avait été installé, manipulé par un officier anglais, pour transmettre des messages aux alliés. L'abbé et plusieurs moines furent arrêtés et exécutés. Si Lawrence Durrel fait d’un moine le héros d’un de ses romans[1], ce n’est donc ni hasard, ni un procédé littéraire, mais bien pour rendre un juste hommage au rôle joué par le clergé orthodoxe dans la Résistance crétoise. Il semble en effet que, contrairement au clergé catholique français qui a largement participé à la collaboration aux côtés du Maréchal et de sa clique, l’église orthodoxe a, elle, participé à la lutte contre les nazis. Chacun de ces monastères crétois, après avoir été un centre actif de résistance à l’occupation ottomane, a « naturellement » poursuivi cet engagement contre les oppresseurs pendant l’occupation allemande.

A quelques pas du monastère, furent installées les premières éoliennes de la région pour la production d'électricité. Actuellement, les parcs d’éoliennes sont nombreux sur l’ile et, parallèlement, se développent également les parcs de panneaux solaires. En Crète, 25% de la puissance électrique consommée serait déjà produite à partir de sources d'énergies renouvelables ! A comparer aux 13% de la France, mais dont il faut préciser que l’essentiel (86%) provient de l’utilisation de l’énergie hydraulique.