Introduction sur l'importance des déconvenues en voyage - Exposé du drame !

 

Grèce Crete Twingo 1

 « La déconvenue serait le premier ingrédient, sinon le principal, du voyage réussi. L’imprévu nous débarrassant de nous même, la faille soudaine du monde nous donnerait à voir et à vivre au-delà des prévisions et des circuits, et ce train en retard, ce vieil avion bimoteur jamais parti, ce guide aussi retors que malhonnête, ont des chances de rester, à l’avenir, confit dans le sucre de nos souvenirs comme un sommet inégalé » [1]

Les voyages à l’étranger, qu’ils soient organisés ou non, que vous y alliez seuls ou en groupes encadrés, vous laissent souvent à la superficie des choses par suite de votre statut de « touriste ». Vous êtes à la fois quelqu’un qui ne participe pas à la vie productive et sociale d’un lieu, quelqu’un qui, momentanément du moins, est situé dans un ailleurs privilégié où l’on ne travaille pas, quelqu’un qui passe, qui rend une brève visite sans lendemain, quelqu’un sans attache dans le lieu. C’est au moment où se produisent de petits dérèglements que vous pouvez vous confronter à la réalité du lieu, des gens. Cela ne vous fait pas perdre pour autant votre statut de touriste, ce que vous êtes objectivement, ni ne vous place en dehors des rapports marchands de la société dans lesquels nous baignons tous. Mais c’est ainsi que nous avons le plaisir de nous construire des souvenirs marquants à l’occasion de problèmes concernant l’hébergement, la nourriture, les déplacements...

Pour le dernier jour d’un voyage en Crête, un dimanche, nous avons décidé de visiter les villages de Tilissos, Goniai et Anogia, dans la région de Sklavokampos, la « vallée des slaves », dans la montagne, aux environs d’Iraklio. La montée est rude. En arrivant aux premières maisons de Goniai, l’indicateur de température d’eau s’allume nous engageant à nous arrêter. Le capot ouvert révèle un moteur brulant d’où coule du liquide de refroidissement. Mes connaissances mécaniques étant strictement théoriques, je suis incapable d’imaginer l’origine de la panne, mais pourtant nous ne pouvons pas rester là ! Tel est le prologue de l’histoire. Le cadre général est posé, les trois coups frappés, le spectacle peut commencer.

Les personnages, par ordre d’entrée en scène : un touriste, sa femme, sa fille, un jeune homme, une jeune femme, le cabaretier et la cabaretière, des joueurs de carte dans le café du village, un homme jovial, ventru et moustachu, un grand-père, un ouvrier en bleu de travail, un pompiste, un receveur de bus en uniforme, des passagers d’autocar.

Acte 1. Exposé du drame et montée de l’adrénaline.

Scène 1. Décor : un croisement de rues à l’entrée d’un village, maisons à droite, café à gauche, une Twingo jaune est arrêtée au premier plan, sous un platane, capot levé. Le touriste repère la première personne qui passe, le jeune homme, pour lui demander où il peut téléphoner... il tente de s’expliquer dans son sabir franco-anglo-allemand-espagnol. Le jeune homme s’adresse à une jeune femme laquelle indique de la main le café du village.

Scène 2. Décor : le café du village. Petit comptoir très encombré à gauche, tables et chaises dépareillées occupées par des hommes, jeunes et vieux qui discutent, fument, jouent aux cartes. Le touriste salue en grec mais il a alors épuisé son stock de connaissances linguistiques locales. Il s’efforce d’expliquer au cabaretier, en français, en anglais, en allemand, qu’il voudrait bien téléphoner. Par gestes, ils finissent par se comprendre. Le cabaretier montre son combiné téléphonique posé derrière le comptoir, au milieu de piles d’annuaires. La société de location ne peut-être jointe. Les consommateurs s’intéressent à ce touriste qui semble assez perdu. L’un d’entre eux, un baraqué à la grosse moustache, s’adresse au touriste en allemand. Sauvé !

Scène 3. Décor : les consommateurs font cercle autour du véhicule au capot ouvert. Le touriste et l’homme jovial baragouinent tous les deux l’allemand, chacun avec son très fort accent national ! Ils tentent de s’expliquer. L’homme jovial traduit à son tour en grec au groupe de curieux. Chacun se penche sur le capot pour rechercher l’origine de la panne, à tour de rôle, car l’espace est bien petit. Finalement, l’ouvrier en bleu de travail découvre que c’est la courroie de transmission de la dynamo qui a sauté.


[1]Jean-Luc Coatalem. « Suites indochinoises ».1993.

Liste des articles sur la Crète.

Télécharger le document intégral