Le Ponte Fabricio, le pont des quatre têtes - L'ïle Tibérine dédiée à la médecine - Le Ponte Cestio - Le sac de 1527

 

Rome Ripa Ile Tibérine 1

Le Ponte Fabricio fut construit en 62 avant J-C. Il est aussi appelé le « pont des quatre têtes ». La légende veut que lors d'une restauration du pont, sous le Pape Sixte V Peretti (1585 / 1590), quatre architectes furent nommés pour réaliser les travaux. Mais ils n’auraient eu de cesse de se quereller – normal, quatre spécialistes de la même discipline ! – provoquant ainsi scandale sur scandale. A la fin des travaux, le Pape Sixte V, lassé de leurs querelles, les aurait condamnés à la décapitation et ce sont leurs têtes qui orneraient le pont.

La légende est dramatique à souhait, pas très favorable aux architectes comme au pape. La réalité est évidemment plus simple : les quatre têtes sculptées sont tout simplement d'antiques représentations de Janus, le dieu à deux faces. Enfin, c’est Innocent XI Odescalchi (1676 / 1689) et non Sixte V qui aurait souhaité la restauration du pont, beaucoup plus tard, en 1679.

Le pont Fabricio fut également appelé « Pons iudaeorum », le « pont des juifs », car il reliait le ghetto, originellement sur l'île Tiberine et dans le Trastevere, au reste de Rome. Il possède un arc de décharge entre les deux grands arcs principaux.

L’île Tibérine est une petite île de la Cité et, comme elle, est consacrée en partie à un hôpital !

Pendant l’épidémie de peste qui sévit à Rome en 293 avant J-C, le Sénat, après avoir consulté les livres de la Sibille, envoya une délégation à Épidaure, où se trouvait le principal sanctuaire d'Asclépios, le dieu grec de la médecine. Un des serpents du temple, animal sacré, symbole vivant d’Asclépios, pénétra dans le vaisseau de l’ambassade romaine. A l’arrivée à Rome, il descendit dans le Tibre et disparut dans l'Ile. Au même moment, l’épidémie de peste s’arrêta. En souvenir de ce miracle, manifestement d’origine divine, les Romains édifièrent dans l'île un temple consacré au dieu Esculape (l’équivalent romain d’Asclépios), ainsi qu'un hôpital pour les malades. Par la suite, furent ajoutées de nouvelles constructions pour maintenir les terrains de l'Ile et les Romains lui donnèrent l'aspect d'un gigantesque vaisseau ancré devant Rome en décorant les deux pointes en forme de poupe et de proue, et en plaçant au centre un obélisque figurant le mât.

A la fin du XVIe siècle, fut bâti l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, tenu par les Frères hospitaliers. La ville de Rome fut ravagée en 1656 / 1657 par une nouvelle épidémie de peste au cours de laquelle Rome perdit près du cinquième de sa population et l’île servit de lazaret. C'est aujourd'hui encore un centre hospitalier.

« Un hôpital se cache dans le voisinage (…) je le découvre après un bref trajet, un vieil hôpital sombre, antre de quelque diabolique docteur Mabuse ou Frankenstein découpant pour leurs plaisir leurs patients en petits morceaux »[1]

Il revient au pape Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) d’avoir fait assécher les marécages qui existaient autour de l’île Tiberine et rendaient le lieu particulièrement insalubre.

Un pont relie ensuite l'île Tiberine au quartier du Trastevere, « l’autre côté du Tibre ». Construit au premier siècle avant J-C, il fut restauré par les empereurs Valentinien, Valens et Grazian en 370, Il est constitué de trois arcades en travertin et il montre, sur son parapet, des dédicaces aux empereurs qui l’ont restauré. Le pont fut totalement reconstruit en 1892 sous l’appellation Ponte Cestio.

C’est par ce pont qu’étaient entrés dans Rome, après avoir parcouru la via della Lungaretta dans le Trastevere, les spadassins et lansquenets protestants de Charles Quint, empereur pourtant très chrétien, lesquels saccagèrent et pillèrent la ville, en mai 1527. Sans commandant, tué au cours de l’assaut, sans solde, pour partie constituées de luthériens détestant les papistes, les troupes se livrèrent au pillage systématique de la ville pendant un mois, dérobant argent, bijoux et orfèvrerie, ruinant les palais, saccageant les édifices religieux, violant les tombes, faisant 15 000 victimes dont les cadavres non inhumés favorisèrent la peste. A la fin de l’année, la ville ne comptait plus qu’un cinquième de sa population et les troupes impériales la moitié de ses soldats.