Des crues catastrophiques - Endiguées seulement à la fin du XIXe

 

Rome Ripa Ile Tibérine

En règle générale, le Tibre coule tranquillement dans Rome et paraît, aux yeux des Parisiens, pour une rivière sur laquelle la navigation est, aujourd’hui, des plus restreintes.

Mais ne vous y fiez pas, le ruisselet peut, à l’image de toutes les rivières méditerranéennes, devenir enragé.

Dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 décembre 2008, il est tombé de fortes pluies sur Rome, 50 mm, équivalentes aux pluies mensuelles. Le lendemain, le Tibre déborde largement en amont et en aval de la vieille ville car il y est alors encadré, depuis la fin du XIXe siècle, par de hauts quais maçonnés. Plusieurs décès sont consécutifs à cette crue dont une personne noyée dans son véhicule. Les autorités romaines ont même décrété l’état d’urgence et demandé aux Romains, en début d’après-midi, de ne pas circuler en ville. D’un coup, à 16h00, nous voyons la FAO se vider de son personnel, chacun retournant au plus vite dans ses pénates !

Pour voir le fleuve en furie, nous choisissons de passer par l’île Tiberine. L’eau s’écoule même au travers de l’arc de décharge du ponte Fabricio alors que le seuil de celui-ci est généralement situé plusieurs mètres au dessus du niveau du fleuve.

« Dans cet endroit le Tibre a la largeur de la moitié de la Seine à Paris. Ses eaux limoneuses tourbillonnent en raison de son fond de roche. En face le Palais Corsini et la Villa Farnèse de l’autre côté du fleuve. A gauche au-dessous le Ponte Sisto (Pont Janicule) »[1].

Suite aux pluies de l’avant-veille, les quelques rares pontons placés au long du fleuve n’ont pu résister à la furie du Tibre. L’un d’eux, après avoir heurté le pont Saint-Ange, est venu frapper un autre ponton et la vedette promenade qui y était amarrée, le tout allant se coincer sous une des arches du pont Cestio, freinant l’écoulement de l’eau. Le samedi 13 décembre, les secours sont à pied d'œuvre pour dégager les bateaux et pontons encastrés sous les ponts, mais aussi pour rechercher un jeune Irlandais qui est tombé dans le fleuve. Le jeune homme, venu à Rome pour un mariage, était saoul et aurait basculé dans le fleuve alors qu'il essayait de faire une photo.

Les quais du Tibre, d’habitude déserts car les Romains semblent peu s’intéresser à leur fleuve, sont néanmoins noirs de monde. Romains et touristes s’y pressent pour contempler les flots boueux tourbillonnants qui charrient troncs d’arbre et branches.

Les crues du Tibre ne datent pas de l’urbanisation galopante du XXe siècle. En –375, les eaux du Tibre envahirent le cirque Maxime et interrompirent les jeux qui s’y déroulaient. En –192, eu lieu une inondation violente, le Tibre emportant deux ponts et renversant un grand nombre d'édifices, surtout aux environs de la Porta Flumentana. En 189, douze fois de suite, il envahit les parties basses de la ville au Campo dei Fiori et piazza Novana. En -54, c’est tout le quartier de la via Appia qui est touché.

« Son cours n’étant pas long depuis les montagnes est conséquemment fort rapide ; par la même raison, dans le temps des pluies abondantes ou des fontes de neiges, il déborde tout d’un coup, et fait le mauvais garçon ; nous l’avons déjà vu dans toute sa pompe »[2].

La plus grande crue contemporaine date de décembre 1870 où le Tibre atteint la cote de 17,22 mètres, le fleuve inondant une grande partie des quartiers de la Renaissance, c’est à dire le Champ de Mars de l’antiquité. On circula en barque sur le Corso et la Via Ripetta, et le quartier des Prati devint une plaine liquide.


[1] Jules Cloquet. « Voyage en Italie ». 1837.