Un quartier pauvre et industrieux - Piazza in Piscinula et via della Lungaretta

 

Rome Trastevere Via della Lungareta 96

 « Il y avoit beaucoup de porteurs de chaises, beaucoup de pêcheurs, de tanneurs & d'autres ouvriers qui travaillaient aux métiers les plus abjects ; on y vendoit les esclaves enfin c'étoit le quartier le moins considéré de la ville, c’est encore à peu près la même chose aujourd'hui. Les Transtévérins sont regardés comme un peuple à part, différent de celui de Rome »[1].

Si les Transtévérins ont longtemps été considérés comme une population à part, plus pauvre, plus indocile, plus impétueuse, plus violente, eux se sont longtemps réclamés comme étant les seuls vrais descendants des Romains de l’antiquité.

Le quartier connaît des changements profonds depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Il faut dire que le Trastevere était un des quartiers les plus misérables de Rome, concentrant tout à la fois les activités productives, réparation navale, quais de déchargement, moulins flottants, tanneries, comme les institutions d’assistance et de réclusion, hospices, maisons de soins, centres pénitentiaires. Ses berges, non maçonnées, comprenaient des lieux de déchargement des navires, des activités liées à l’entretien des bateaux, mais aussi des maisons branlantes de pêcheurs. Tout le quartier étant inondé lors des crues du fleuve. Pie IX Mastai Feretti (1846 / 1878) commença des travaux d’aménagement vers 1860, mais c’est surtout la Royauté, avec sa volonté de faire de Rome la capitale du nouvel Etat italien, qui va commencer à changer le visage du quartier. Le plan d’aménagement de 1883 avec l’ouverture de la Viale del Re (actuelle Viale di Trastevere), la construction des digues et des quais, va entraîner la démolition de nombreux bâtiments notamment le long du Tibre : maisons, ports, églises et même le phare construit par Pie VII Chiaramonti (1800 / 1823) au début du XIXe siècle.

Le bombardement allié sur Rome, du 15 février 1944, aboutit à la destruction de hangars industriels mais aussi des immeubles d’habitation, remplacés depuis par la construction de nouveaux logements, faisant de ce quartier un patchwork architectural. Jusqu’alors très replié sur lui-même, le quartier du Trastevere change profondément à partir des années 60 avec l’arrivée d’une population plus jeune puis, aujourd’hui, avec celle de couches sociales favorisées, notamment d’intellectuels, faisant un peu du Trastevere un quartier bobo et touristique.

Au débouché du pont Cestio, la piazza in Piscinula est ainsi nommée pour l'ancienne présence de piscines des Thermes. Sur les façades de la maison de droite des fenêtres cintrées ou à meneaux et une loggia médiévale marquent les restes d’une maison de la famille Mattei, une puissante famille romaine des XIV° et XV° siècles, installée de part et d’autre du Tibre, et qui avait obtenu le contrôle du passage sur le fleuve ainsi que celui du ghetto dont ils étaient chargés d’ouvrir et de fermer les portes. C’est notamment à un membre de la famille Mattei que l’on doit la « fontana delle Tartarughe », la fontaine des tortues, piazza Mattei, en bordure du ghetto, sur l’autre rive du fleuve.

De la piazza in Piscinula part l’ancienne via della Lungaretta, laquelle traverse une grande partie du Trastevere et conduit à l’église Santa Maria in Trastevere. Elle est coupée par une voie tracée à la fin du XIXe (1886) la via di Trastevere, ex Viale del Re. Typique, elle attire désormais les touristes en foule compacte.

Au 96 de la via della Lungaretta, à côté de la boutique d’un excellent glacier, une plaque rappelle le sacrifice de patriotes romains, les 24 et 25 octobre 1867, lors de la dernière tentative d’insurrection garibaldienne contre les troupes papales pour unifier la totalité de la péninsule. La caserne Serristori des zouaves pontificaux, une troupe de volontaires internationaux sous la conduite du Général Lamoricière[2], avait été minée et trente quatre soldats étaient morts dans l’explosion. Peu après, les zouaves avaient été informés que des insurgés s’étaient retranchés dans l’usine Ajani située dans la via della Lungaretta, au 96. Les patriotes romains, notamment Giuditta Tavani Arquati, soutinrent un siège dans lequel plusieurs trouvèrent la mort dont l’héroïne de la lutte, son mari et leur jeune fils de douze ans. Le 30 octobre 1867, les troupes impériales françaises débarquèrent à Civitavecchia pour venir secourir le pape et les troupes garibaldiennes seront battues lors de la bataille de Mentana, le 3 novembre 1867.