A l'Est, un Trastevere plus calme et populaire - Une église à l'intérieur défiguré - Mais une sculpture exceptionnelle

 

Rome Trastevere Santa Cecilia 2

Mais, plutôt que de commencer la visite du Trastevere en longeant la via della Lungaretta pour rejoindre l’église Santa Maria in Trastevere et son agréable placette, faisons d’abord quelques détours et visites dans la partie la plus calme et la plus populaire du quartier, celle située à l’Est de la via di Trastevere.

Première halte, l’église Santa Cecilia qui aurait été fondée au Ve siècle par le pape Urbain Ier (222 / 230) et est dédiée à la martyre romaine Cécile. La tradition veut que l'église soit construite sur l'emplacement de sa maison.

Issue d'une famille noble, très jeune, Cecilia aurait voué sa vie au Dieu des chrétiens en faisant notamment vœu de chasteté. A l’âge de se marier, ses parents lui choisissent pour époux un païen, Valérien. Au soir de son mariage, elle révèle son secret à Valérien en lui demandant de respecter sa virginité et de se convertir lui-même, ce qu’il fait. Lors des persécutions contre les chrétiens, son mari est arrêté puis exécuté. Dénoncée comme chrétienne, elle est également arrêtée et condamnée à être décapitée. Après trois tentatives sans succès du bourreau pour la décapiter à l’épée, elle est laissée à l’agonie, la loi romaine interdisant un quatrième coup.

En 822, le pape Pascal Ier (817 / 824) reconstruit l’église sur un plan basilical en utilisant des colonnes romaines antiques et y fait déposer les reliques de la sainte jusqu’alors conservées dans les catacombes de Saint-Calixte.

L’église est précédée d’une agréable cour intérieure décorée avec d'anciennes mosaïques, des colonnes et, en son centre, une fontaine ornée d'un grand vase romain de marbre. Une nouvelle façade est érigée en 1725, d’une grande simplicité agrémentée de deux volutes rappelant le style baroque alors finissant. En avant, un propylée composé de colonnes antiques annonce le style néo-classique.

L’intérieur a été profondément remanié en 1823 : plafond surbaissé, colonnes de la nef enfermées dans de massifs piliers carrés, décoration néoclassique… bref, une horreur.

Heureusement, l'abside au-dessus du chœur a conservé sa décoration du IXe siècle, une mosaïque sur le thème du retour de Christ sur terre, très semblable à celle de Sainte-Praxède. Enfin, devant l’autel, est positionné la remarquable sculpture de Stefano Maderno (1576 / 1636) qui a représenté le corps de la sainte tel qu’il l’a vu lors des fouilles effectuées en 1599 dans le cadre de la préparation de l’année sainte 1600. La sainte est couchée sur le côté droit, les deux bras abandonnés devant elle, le visage, non visible, tourné vers le sol, le voile qu’elle porte sur la tête et la tunique sans col dégagent le cou sur lequel sont marqués les trois coups d’épée. Sur une plaque circulaire de marbre rouge est reproduite la déclaration de Maderno selon laquelle il a reproduit la disposition du corps tel qu’il l’avait vu lors des fouilles.

« Cette statue sans visage allie la beauté et le mystère, une masse stupéfiante jetée au sol et néanmoins célestement harmonieuse. Peu de visiteurs s’attardent devant l’autel, mais celui qui s’arrête devant cette forme envoutante reste longuement subjugué. Ce marbre entortillé sur lui-même fascine, enroule dans des méandres insoupçonnés, dans une lancinante sérénité »[1].

Cette statue, exécutée en 1600, est assez extraordinaire car elle est rompt avec une tradition d’idéalisation des corps et des attitudes des saints tels qu’ils étaient représentés à la Renaissance. Bien que représentant un cadavre, la posture du corps, des membres et la tête tournée donnent une dynamique à la statue sans avoir à recourir aux attitudes exagérées du maniérisme ou de l’art baroque (voir notamment la statue de la bienheureuse Ludovica Albertoni de Bernini dans l’église voisine de San Francesco a Ripa). On peut ainsi juger qu’elle clôt une époque de la statuaire, celle de la Renaissance, et qu’elle annonce celle du baroque.

L’ancien baptistère de l'église et les ruines d'une maison de la Rome impériale furent retrouvés sous la chapelle des Reliques.


[1] Marco Lodoli. « Nouvelles îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur l'île Tibérine et le Trastevere

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