La manufacture papale de tabac - Une place où l'on croise un grand poéte français

 

Rome Trastevere Hommage à Apollinaire

[1] La place Mastai tire son nom de celui du pape Pie IX Mastai Ferretti (1846 / 1878) lequel a fait construire sur ce site une Manufacture pontificale de tabac en 1863, notamment pour y fabriquer des cigares alors très à la mode. L’emplacement avait été choisi pour sa proximité avec le port de Ripa Grande sur le Tibre, par où devaient transiter les feuilles de tabac, et pour les espaces alors disponibles pour construire la manufacture et des logements pour les ouvriers. Le bâtiment de la manufacture, de style néoclassique, comporte un avant corps central avec huit colonnes doriques colossales supportant un grand pignon triangulaire. Le bâtiment a été rénové en 1927, reconstruit dans les années cinquante et affecté au département chargé des monopoles d’Etat.

Sur les côtés de la place ont été bâtis des immeubles d’habitation à loyer réduit pour les pauvres du Trastevere mais le quartier était essentiellement occupé par les logements des ouvriers de l'usine de tabac. C’est dire qu’il s’agissait alors d’un quartier très populaire.

Après le Jubilé de l’année 2000 la place a été l'objet de travaux de restauration la transformant en une zone piétonne. Au centre est positionnée une fontaine en marbre de 1865 composée d’une grande vasque portée par les queues entremêlées de quatre dauphins à la manière, mais en plus petit et maladroit, de la fontaine du Triton du Bernin, surmontée ensuite d’une vasque plus petite portée par des cariatides. L’ensemble serait gracieux si la fontaine n’était posée sur une élévation octogonale de trois marches qui en rompent le charme par leurs lignes droites.

Le Trastevere devrait être cher aux Français car il a connu les premières années d’un grand poète national, au n°17 de la Piazza Mastai, dans une maison aujourd’hui disparue : Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky !

Apollinaire est né à Rome le 25 août 1880 (mais déclaré le 26), d’une mère polonaise, Angelica de Kostrowitzky, et peut-être d’un père italien, Francesco Fulgi d'Aspremont, sans que l’on sache très bien s’il est né dans le quartier de Monti, Via Nazionale, ou du Trastevere. Apollinaire est-il « monticiano » ou « trasteverino » ?[2]

 Qu’importe, Angelica et ses fils vivent d’abord à Rome, Piazza Mastei, puis vers 1883 / 1884, à Bologne. Guillaume apprend à lire et à écrire en italien, sa mère lui parlant polonais et italien. Il deviendra un grand poète français car c’est dans cette langue qu’il écrira.

Apollinaire ne sera pourtant naturalisé français qu’en 1916, la République ayant refusé de l’accueillir dès 1914 alors qu’il s’était porté volontaire pour le front ! En France, le refus de naturalisation des étrangers ne date malheureusement pas d’aujourd’hui, alors même que ces étrangers ont été un élément majeur de la constitution de la culture française au cours du XXe siècle[3] !

Apollinaire gardera des liens avec sa patrie d’origine, se faisant soigner à l’hôpital italien après sa blessure à la tempe par un éclat d’obus, mais aussi en s’intéressant au mouvement futuriste naissant.

Juste hommage au poète français né romain, la bibliothèque du Centre des études italo-françaises, constituée à l'origine comme bibliothèque de l'ambassade de France à Rome sous le nom de « Bibliothèque française de Rome » a été offerte en 1995 à l'Université Roma Tre. et baptisée « Bibliothèque Guillaume Apollinaire ». Elle est située non loin du Trastevere dans le quartier Sant’Angelo, en face de l’église Santa Maria in Campitelli.


[1] Marc Chagall. « Hommage à Apollinaire ». 1912.

[2] Corriere della Sera. « Guillaume Apollinaire e' " monticiano " , non " trasteverino " ». 18/02/1996.

[3] La liste serait longue à établir, mais pensez à Balthus, Marc Chagall, Fujita, Hans Hartung, Pablo Picasso, Van Dongen (peintres), Blaise Cendrars, Mohamed Dib, Romain Gary, Joseph Kessel, Elsa Triolet, Henri Troyat, Tristan Tzara (écrivains), Samuel Beckett, Eugène Ionesco (dramaturges), Lautréamont, Jules Supervielle (poètes), Joséphine Baker, Serge Lifar (danseurs), et j'en oublie beaucoup…

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur l'île Tibérine et le Trastevere

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