Une place délicieuse - Mais devenue très touristique - La chapelle Altemps en mémoire d'un criminel - La chapelle baroque d'Avila

 

Rome Trastevere Santa maria 02

« Quelques heures de travail encore et nous aillions dîner dans les coins que nous aimions bien, souvent place Santa Maria in Trastevere, attentifs aux jeux de l’eau, à l’or éteint des mosaïques »[1].

Par la longue rue droite de la via San Francesco a Ripa, bordée de plus en plus de boutiques, de cafés et de restaurants au fur et à mesure que l’on arrive au cœur du Trastevere, on rejoint Santa Maria in Trastevere. En cours de route, vous pourrez faire un détour dans la Viale di Trastevere pour aller voir une de ces pâtisseries indigeste de la fin du XIXe siècle : il Ministero dell'Istruzione. (L’Education nationale).

Selon la légende une source d’huile serait apparue en 38 av. J.-C. à l’emplacement actuel de Santa Maria in Trastevere. Ce miracle aurait été interprété par la population juive vivant dans le quartier comme un signe annonçant la naissance du Messie. Aussi rapide qu’internet mais en plus concret !

Le site fut donné officiellement aux chrétiens par l'empereur Sévère après un différent pour la possession de la maison entre les chrétiens et les patrons de la taverne qui l’occupaient, la Taberna Meritoria, laquelle accueillait les soldats à la retraite. Sévère aurait prononcé ces mots : « Je préfère qu'elle appartienne à ceux qui honorent leur Dieu, quel que soit leur forme de culte ».

Le premier bâtiment érigé pour être une église date de 340. Cet édifice, plusieurs fois remanié, est finalement détruit pour une nouvelle construction en 1140 sur la base des anciennes fondations. La façade, précédée d’un portique de Carlo Fontana (1702), est décorée de mosaïques du XIIIe siècle. Marie est entourée de dix femmes portant des lampes à huile, elle allaite l’enfant. Ce serait la plus ancienne représentation iconographique de la Vierge allaitant l'enfant-Jésus.

A l’intérieur, l’église a conservé son plan basilical antérieur. La voûte centrale, à caissons, décorée par le Dominicain, est portée par vingt deux colonnes ioniques qui proviennent des ruines des thermes de Caracalla. Pourquoi se gêner quand tant de pièces antiques pouvaient être facilement réemployées ? Les mosaïques de l’abside datent du XIIe siècle. Le plan basilical, agrémenté de nefs latérales, est encore augmenté de chapelles rajoutées au fil des siècles.

Au fond, à gauche, la chapelle Altemps a été commandée par le cardinal Marco Sittico Altemps afin d’honorer la mémoire de son fils Roberto accusé d'avoir violé une jeune fille, condamné à mort et décapité (1586). C’est que le nouveau pape Sixte V Peretti (1585 / 1590) avait décidé de faire un exemple pour mettre au pas la noblesse romaine. Quatre jeunes nobles qui avaient participé à la procession papale en transportant des armes auraient également été arrêtés et mis à mort. Dans le cas de Roberto Altemps, il semble que le pape réglait aussi quelques affaires personnelles, Roberto Altemps s’étant marié avec une Orsini, famille ennemie de celle du pape ! Dans le monument de marbre polychrome, situé à l’entrée de la chapelle, le buste du jeune homme (vingt ans) est représenté avec une fraise et un visage d'enfant. Le monument est agrémenté d’une représentation de trophées dans la partie basse et de statues de Minerve et de la Victoire dans la partie haute rappelant les hauts faits guerriers de Marco Altemps, plus soldat que cardinal. La chapelle accueille une icône célèbre la « Madonna della Clemenza » vraisemblablement pour rappeler la clémence que n’accorda pas Sixte Quint (mais la méritait-il compte-tenu de son crime ?). Ce serait une des plus vieilles icônes de Rome car elle date du VIe siècle. Bref, la seule personne qui est ignorée dans cette histoire, c’est la victime, la jeune fille violée !

Vous pouvez retrouver les « charmes » du baroque, ou plutôt ses excès dans le cas présent, dans la cinquième chapelle de gauche, la chapelle d'Avila (1686) aux stucs baroques d’Antonio Gherardi (1638 / 1702). Remarquez notamment cette folie de la double lanterne de la coupole. Celle-ci est ouverte à son sommet par un large oculus ; quatre anges, s’appuyant sur les bases de la coupole, portent sur leurs bras et leurs têtes, un petit temple rond, ou tempietto à la manière de celui de Bramante, le tout à l’intérieur de la lanterne qui coiffe la coupole ! Autre jeu baroque, celui de la fausse perspective, sur le modèle de celle du palais Spada de Borromini, avec cette série de colonnes entourant le tableau situé au dessus de l’autel pour créer un effet de profondeur.