Correspondance avec Fernando – Lisbonne en chantier – Le pire n’est jamais sûr 

 

Portugal Lisbonne Afalma Santa Lucia

 « Nefs errantes, légendaires, ou galions de route programmée se croisent sur les trottoirs pavés à la portugaise, on y trouve des dessins de compas et d’ondulations qui marquent la route »[1].

Cela fait quelques temps que nous correspondons régulièrement avec Fernando, un homme cultivé, discret, lisboète amoureux de sa ville. A plusieurs reprises il nous a invité à venir visiter Lisbonne, se proposant d’être notre mentor à cette occasion. L’invitation est séduisante et notre envie est grande de découvrir cette ville mythique d’où partirent des navigateurs célèbres, capitale d’un vaste empire colonial et creuset de cultures différentes.

Dernièrement encore, Fernando nous a engagé à venir le voir, se proposant de venir nous chercher en automobile au débarcadère de la gare maritime de Alcantara avant de nous conduire dans un hôtel du centre-ville, au « Rossio », puis de nous faire faire une visite guidée de Lisbonne en automobile. Nous n’avons pas hésité trop longtemps avant d’accepter.

« Que Lisbonne est jolie.
La fumée des vapeurs
Sous la brise mollie
Prend des formes de fleurs.

Nous irons à Lisbonne
Ame lourde et cœur gai,
Vous que nul ne pardonne,
Lionne rousse aux aguets.

Nous irons à Lisbonne
Ame lourde et cœur gai,
Cueillir la belladone
Aux jardins que j’avais »[2].

Petite déception à l’arrivée à Lisbonne, Fernando ne semble pas être présent dans la cohue des familles qui s’agglutinent devant la porte des arrivées à l’aéroport. Il nous faut donc faire la queue pour prendre un taxi et rejoindre notre « Pensao Residential », Rua do Salitre, dans le centre.

 « Notre automobile filera à bonne vitesse... », disait Fernando dans ses courriers. Mais, aujourd’hui, ce n’est hélas pas vraiment le cas ! Les embouteillages de Lisbonne sont encore accrus par les multiples travaux de voirie en cours lesquels sont liés à la préparation de l’exposition universelle de l’année prochaine. Les bouchons paraissent inextricables et notre taxi fait du surplace avec beaucoup de constance, à la plus grande joie du taximètre qui frise l’apoplexie. 

Notre appréciation de la vitesse en automobile doit être bien différente de celle de Fernando car, dans ses lettres où il nous décrivait la ville, jamais il ne nous avait indiqué de problèmes de circulation, des travaux, ni même d’ailleurs parlé de la poussière, des odeurs, des bruits de Lisbonne. A le lire, la ville nous était apparue comme un magnifique décor dans lequel glisserait notre voiture, ou comme un décor sur une toile peinte que l’on déroulerait devant nous.

Nous finissons bien sûr par arriver à destination nous permettant ainsi de constater que même les désagréments peuvent avoir une fin. Je n’irai pas jusqu’à faire l’hypothèse qu’ils ont toujours une fin de peur d’être cruellement contredit à l’avenir. 

Heureusement, une fois installés nous réussissons à entrer en contact avec Fernando qui nous avait bien attendu, mais à la gare maritime de Alcantara ! Décalage spatial ou décalage temporel ?


[1] José Cardoso Pires. « Lisbonne - livre de bord - Voix, regards, ressouvenances ». 1997.

[2] Robert Desnos. « Fortunes ». 1942.