Le cloître des Hiéronymites – La tour de Bélem – Les derniers feux du gothique avant la Renaissance

 

Portugal Lisbonne Monastère des Joronimos 1

Le clou de la visite organisée par Fernando ce sera, bien sûr, le monastère des Jerónimos et la tour de Bélem, à l’Ouest de la ville, deux monuments de style manuélin.

Par style « manuélin », il faut entendre un art gothique ayant atteint son apogée sous le règne de Manuel Ier (1495 / 1521), un règne correspondant à la période des grandes découvertes des navigateurs portugais : Vasco de Gama découvre la route des Indes en 1498, Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil en 1500 et Goa est prise en 1510. Riche en ornementations, on peut parler d’un véritable « crochet du gothique manuélin »[1], combinant la tradition romane, le gothique flamboyant et des éléments décoratifs de la Renaissance, avec notamment l’importance accordée à la représentation végétale.

De fait, le style manuélin traduit la résistance que l’art gothique opposait à un art nouveau venu d’Italie, l’art de la Renaissance. 

C’est un style sans innovation de structure ; il utilise l’arc brisé pour les fortes portées des églises et l’arc en plein cintre pour les arcades des cloîtres, mais c’est un art imaginatif en matière de décoration avec des motifs liés aux voyages maritimes et aux nouvelles découvertes : cordes, ancres, chaînes, nœuds, coquillages. 

La richesse de l’ornementation, culmine au cloître des Hiéronymites (1502 / 1517) que Fernando nous prédit « n’oublier jamais » et à la tour de Belém (1515), construite pour commémorer l'expédition de Vasco de Gama, qui est « une véritable dentelle, et une dentelle de qualité supérieure » ( !°) comme le précise joliment Fernando.

Avec ces œuvres, le gothique jette ses derniers feux, extraordinaires certes, mais déjà dépassés dans l’histoire architecturale et culturelle. A la même époque, les grands principes de l’architecture de la Renaissance sont déjà fixés et mis en œuvre à Florence. Utilisation de la symétrie (Palais Médicis-Riccardi, 1444), plan circulaire (Chapelle des Pazzi, 1429 / 1446), équilibre des formes (Porche de l’Hôpital des Innocents, avec de vastes arcs en plein cintre appuyés sur de fines colonnes, 1419 / 1426), formes arrondies (volutes de Santa Maria Novella, 1470), recherche de la lumière et utilisation de nouveaux éléments architecturaux, notamment le dôme (Santa Maria del Fiore de Florence, 1420 / 1436) ou faisant référence à l’antiquité, colonnes, arc de triomphe (Saint-André-de-Mantoue à Florence dont le porche fait allusion aux arcs romains, 1470). 

Il est symptomatique de penser qu’à Rome, la construction de la basilique Saint-Pierre, sur les plans de Bramante, débute en 1506, c’est-à-dire dans le même temps que se construit le monastère des Hiéronymites ! En France, les premiers châteaux « Renaissance » de la vallée de la Loire ne seront construits qu’après 1515 / 1530 et encore gardent-ils la forme des châteaux forts du moyen âge même s’ils sont agrémentés de larges et hautes fenêtres. A l’inverse du Palais italien, de plan carré, sobre à l’extérieur, voire même rébarbatif avec ses façades en bossage mais largement ouvert sur la cour intérieure avec des galeries, Chambord (1519) conserve l’aspect extérieur d’une forteresse avec les quatre tours rondes de son donjon à l’image du château de Vincennes. 

En architecture, comme dans les arts et l’idéologie, les changements s’effectuent avec des décalages dans l’espace, dans le temps, non sans contradictions.

« La Renaissance, en gros, c’est cette mutation lente qui n’en finit pas de s’accomplir et qui fait passer la civilisation occidentale des formes traditionnelles du Moyen Age aux formes nouvelles, déjà actuelles, de la première modernité, celles-ci vivantes encore dans cette même civilisation d’Occident où nous vivons aujourd’hui et qui, sortie à peine de ses anciennes contradictions, en a fabriqué allègrement de nouvelles »[2].

[2] Fernand Braudel. « Le modèle italien ». 1989.