Les électricos – Anciens et modernes - L’ascenseur de Santa Justa

 

Portugal Lisbonne Electricos 28

 Les tramways de Lisbonne participent à la construction de ce charme particulier propre à la ville de Lisbonne, le mythe d’une gloire passée dans une ville un peu endormie.

« Tramways : en route, morceaux de couleurs, puzzles des murs et des pavés. Les vieux « Electricos » courent les vieux quartiers de Lisbonne. Ils meurent les uns après les autres, mais pas tout à fait. Le 28, par exemple, ne saurait mourir »[1].

Ses tramways sont des rescapés de la « belle époque ». Ils ressemblent à de gros insectes jaunes, aux élytres grises, maladroits et gauches, poussant des cris stridents de métal, cris parfois remplacés par le chant d’une sonnette, et qui s’activent dans les rues étroites d’une vaste ruche. Ils sont composés d’un très court châssis sur lequel est posée une caisse en bois peinte en jaune et au toit gris, le châssis étant lui-même placé sur un bogie très étroit à quatre roues. L’ensemble apparaît en équilibre très instable, mais cela n’empêche pas les « electricos » de monter et de descendre les pentes impressionnantes des collines de Lisbonne.

Ce sont des morceaux matérialisés de temps qui passent dans les rues de la ville faisant resurgir aux yeux des passants des époques révolues. Les touristes ne s’y trompent pas qui se pressent pour monter dans le « 28 » et ainsi tenter de remonter le temps. 

Mais là encore, les hiérarques de la ville qui songent « avenir », « développement », « modernité », lui ont mené une guerre sévère réduisant toujours le nombre de ses lignes et des 2/3 sa longueur à la faveur de travaux, de réaménagements, de modernisation. Je soupçonne d’ailleurs Fernando de ne pas trouver très présentables ces vieux tramways tant il insiste pour nous faire visiter la ville en voiture ! Il n’en reste d’ailleurs plus que quelques lignes, la « E 12 », la « E 18 », la « E 25 » et la « E 28 » qui traversent l’Afalma, le vieux quartier des pêcheurs, Baixa, la ville pombalienne, le Carmo, quartier bourgeois, et le Bairro Alto, quartier populaire qui a accueilli les « retornados »[2] des anciennes colonies portugaises en 75. La 25 et la 28 conduisent toutes deux au cimetière de « Prazeres », le cimetière des plaisirs. C’est bien là un terminus à senteur de nostalgie. « Saudade » !

Seul le « E 15 » est, lui, un tramway « honorable », composé de magnifiques rames modernes, surbaissées et climatisées qui vont du centre-ville au quartier de Belém, le quartier du Monastère des Hiéronymites, mais plus encore du Centre Culturel de Belém avec auditoriums et amphithéâtres pour conférences internationales. 

Et puis, par-ci, par-là, au hasard d’une ruelle étroite, on rencontre encore quelques voitures pataudes, aux membres arrière plus développés, et qui vous montent à flanc de colline. Pour combien de temps encore ? Jusqu’à ce qu’un technocrate, un « moderniste » décidera d’en finir avec ces reliques donnant une image par trop ringarde de son pays et enverra définitivement les dernières voitures au cimetière des plaisirs. 

Il y a aussi l’étonnant ascenseur de Santa Justa, une tour métallique construite par un ingénieur français dans le plus pur style gothique flamboyant du XIXe siècle et permettant de passer aisément du quartier de Baixa à celui du Carmo. C’est franchement laid, mais que serait Lisbonne sans son ascenseur de Santa Justa ? 

« On file droit sur le ciel, à travers des trèfles et des ogives de fonte recouverte d’une peinture grise. Tout en haut, un escalier en hélice conduit à un petit bar suspendu au milieu de rien, au-dessus de la ville »[3].

Tout laid qu’il soit, l’ascenseur de Santa Justa fait désormais partie de la ville, comme le Sacré-Cœur à Paris, car il est un morceau matérialisé de l’histoire de Lisbonne.


[1] Eric Sarner, Michelanxo Prado. « Une lettre trouvée à Lisbonne ». 1995.

[2] L’équivalent des « Pieds noirs » pour les Français.

[3] Eric Sarner, Michelanxo Prado. « Une lettre trouvée à Lisbonne ». 1995.

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