Une visite chargée de trop de détails inutiles

 

Portugal Lisbonne Guide

La visite de Lisbonne par Fernando ne manque pas de contradictions. 

Souhaitant nous faire partager son amour pour sa ville et nous faire connaître l’ampleur de ses richesses artistiques, il en effectue, à contrario, une description froide et à caractère presque comptable. Par exemple, tout à l’heure, Praça do Comércio, il nous a décrit longuement le groupe allégorique qui surmonte l’arc de triomphe qui domine la place : « ... sculpté par Gamels, (il) personnifie la Gloire couronnant le Génie et le Courage ; et les personnages allongés qui représentent le Tage et le Douro, ainsi que les statues de Nuno Alvares, Viriato, Pombal et Vasco de Gama, sont l’œuvre du sculpteur Vitor Bastos » ! Mais, par contre, il ne nous dit rien des particularités de l’architecture pombalienne !

Concernant les sépultures des rois du Portugal regroupées dans l’église Sao Vicente Da Fora, il prend soin de préciser que le « somptueux cercueil d’argent (...) pèse plus de six cent kilos ». Par « somptueux » qu’entend-il ? La valeur marchande ou la qualité artistique ? Pour nous faire apprécier la richesse du fond du musée d’Art Moderne que nous n’avons pas le temps de visiter, il nous énumère pas moins de cinquante-trois noms de peintres et de sculpteurs dont les œuvres y sont représentées et dont, bien sûr, je ne me souviens d’aucun ! Et tout à l’heure encore, au Musée des Carrosses, ne nous a-t-il pas indiqué les dimensions de la salle d’exposition ? Je l’entends encore : « ... la grande salle qui mesure quarante-sept mètres sur quatorze... » ! Mais à quoi cela nous sert-il ?

Dans son programme, un peu trop ambitieux pour le peu de temps dont nous disposons, Fernando a également prévu toute une série de visites dans les quartiers fin XIXe / début XXe qu’il semble affectionner : Entre Campos, Campo Grande, Ajuda. Ajoutez à cela la Bibliothèque Nationale, le musée d’Ethnologie, le musée d’Art ancien, le musée de Géologie, l’Académie des Sciences, le jardin zoologique, le jardin botanique, sans parler de Maxim’s « ... qui a la réputation d’être le meilleur établissement du genre dans tout le pays » a-t-il précisé. Mais là encore, la provocation est par trop manifeste, d’autant que ni lui, ni nous, n’avons les moyens de nous y payer un repas.

Je crois que Fernando prend son rôle trop au sérieux ! Désirant faire au mieux, au moins aussi bien que les guides patentés, il finit par en prendre tous les défauts : longues énumérations fastidieuses, discours froid comme désincarné. Cela ne lui ressemble pas. 

Je remarque que, pour essayer d’animer cet inventaire assez laborieux, Fernando utilise un grand nombre d’adjectifs propres à souligner le caractère exceptionnel des sites et monuments. Discrètement, je note 41 fois « beau » (le plus souvent utilisé dans « fort beau »), 31 fois « grand » ou « grandiose », de même « d’admirable », 29 « remarquable », 22 « vaste », 20 « superbe », 17 « magnifique », 15 « intéressant », 14 « merveilleux ». S’il devait un jour écrire cette visite guidée, il lui faudrait utiliser au moins trois de ces adjectifs par page ! De plus, il les accole aux éléments les plus divers. Par exemple, tout à l’heure, il a utilisé « remarquable » pour nous présenter la chapelle Saint-Jean-Baptiste de l’église Saint-Roch construite par des artistes italiens et composée de pierres semi-précieuses, mais aussi pour désigner un poisson du « Museu Bocage » « mesurant huit mètres quarante de long et trois mètres soixante de diamètre, pris à Paço de Arcos par le roi Charles en personne » !

Souhaitant nous faire partager l’histoire de la ville et du pays, Fernando multiplie les références historiques : défenestration de l’évêque de Lisbonne en 1383, mariage du roi Charles à l’église Sao Domingos, assassinat du Président de la République en décembre 1918. Pour nous qui connaissons mal l’histoire du Portugal, ces références se présentent davantage comme une succession désordonnée d’assassinats et de coups d’État qui ne nous permettent pas de nous construire une vision globale et chronologique de l’histoire portugaise. 

Aussi, pour comprendre, lui posons-nous de nombreuses questions qui semblent d’ailleurs l’étonner.

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