Une œuvre composite, étalée sur quatre siècles ! !a Piazza dè Ricci et le palazzo Ricci

 

Rome Regola Via Monserrato Santa Maria 1

De l’autre côté de la rue, en face du Corte Salvella, une maison étroite composée de trois étages d’arcades, ce serait la maison de Sainte-Catherine de Sienne (XIVe siècle). Un peu plus loin, la façade de Santa Maria in Monserrato degli Spagnoli, l’église nationale de l'Espagne dans Rome.

En 1495, Alexandre VI Borgia, pape d’origine espagnole, avait fondé une confrérie de la couronne d'Aragon sous le patronage de Sainte-Marie-de-Montserrat, le célèbre sanctuaire espagnol situé à proximité de Barcelone. La pose d’une première pierre de la nouvelle église eut lieu en 1518, mais le sac de Rome de 1527 ainsi que des difficultés financières interrompirent les travaux à plusieurs reprises. La partie basse de la façade est érigée de 1582 à 1593, le maître-autel a été consacré en 1594, mais la voûte de la nef n’a été terminée qu’en 1598 et l’abside en 1675. La conception architecturale de l’église est d’Antonio da Sangallo le Jeune, et les architectes successifs (Bernardino Valperga et Francesco da Volterra) ont généralement respecté la conception originale du bâtiment.

En façade, l'architrave présente un beau groupe de « La Vierge à l'Enfant » de Giovani Battista Contini, sculpté entre 1673 et 1675, soit un siècle après l’érection du premier ordre de la façade. Au-dessus des chapiteaux des deux colonnes qui décorent les jambages des portes, et encadré par deux pilastres corinthiens, est représenté un surplomb rocheux protégeant en son centre la vierge et l’enfant. A leur gauche, un bloc dans lequel est insérée une scie. L’enfant, assis sur la cuisse de la vierge, est saisi dans l’action de scier la montagne (« Montserrat » signifie « mont scié »). Les positions de la Vierge, accroupie, tenant l’enfant Jésus sur sa cuisse gauche, le buste et la tête tournés à droite, et celle de l’enfant qui reproduit celle de la Vierge, dessinent un S donnant du mouvement et de la grâce à ce groupe sculpté.

La façade mêle ainsi un ordonnancement de la fin de la Renaissance (partie basse) où dominent les lignes droites, des surfaces planes mais une riche décoration de niches présentant des courbes avec, au centre, sur l’architrave, un groupe sculpté baroque dans lequel s’affirment le mouvement et le goût pour la décoration rocaille… et, enfin, une partie haute néo-première-renaissance ou néo-classique ( ?) terminée en 1929. Quel mélange !

L’intérieur est à nef unique avec des chapelles latérales. Dans la première chapelle, à droite, est conservé le mausolée (1889) des deux papes de la famille espagnole des Borgia, Calixte III (1455 / 1458) et Alexandre VI (1492 / 1503). A la fin du XVIIIe siècle les revenus de l’église étaient tellement faibles qu’une partie des décorations sacrées ont été vendus, y compris l’image de la Madone ! Mais ce ne fut pas suffisant et l’église fut fermée. Elle fut restaurée en 1818, reconsacrée et rouverte au culte en 1822.

Après le pâté de maison suivant s’ouvre, à gauche, une petite place toute en longueur, la Piazza dè Ricci, annoncée par la terrasse avenante du restaurant Pierluigi (sans parler de sa carte). Au fond de la placette, une maison élégante du XVIe siècle, dont la façade est ornée de fresques, c’est le Palazzo Ricci. Le palais a été construit au XVe et sa décoration à fresque date d’avant 1527 car elle fut réalisée par Polidoro da Caravaggio (1495 / 1543), un élève de Raphaël, qui s’enfuit avec raison à Naples lors du sac de Rome. Ce Polidoro était célèbre pour sa capacité à décorer des façades entières de maisons et par sa vitesse d’exécution puisque le dessin doit être réalisé avant que l’enduit ne sèche. Les dessins restants de la façade ont récemment été restaurés et représentent des épisodes de l'histoire de la Rome antique.

Le palais est surtout connu pour avoir été la résidence de la fille naturelle du pape Paul III Farnèse (1534 / 1549), Costanza Farnese, qui avait une forte influence sur son père ; elle en tirait partie auprès des solliciteurs en offrant ses bons offices… contre espèces, bien sûr. Le palais passa ensuite au Ricci, en 1576, qui lui laissèrent leur nom mais aussi la décoration du dernier étage due à Luigi Fontana.

A la fin de la via di Monserrato, par le viccolo della Moretta, on rejoint, à gauche, la via Giulia, devant les palissades d’un chantier, joliment décorées de photos des principaux monuments de la via Giulia et juste à côté de la Direction nationale antimafia.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le rione de Regola

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