A la gloire des symboles de la famille Falconieri – Une magnifique loggia sur le fleuve

 

Rome Regola Via Giulia Palais Falconieri 1

En descendant la rue vers le ponte Sisto, on longe plusieurs palais ou églises ; au n°16 un palais massif et carré, le Palazzo Varese dessiné par Carlo Maderno en 1618.

En face, l’élégante façade de l’église di Santa Caterina da Siena reconstruite en 1762. Sa façade concave est inspirée, en beaucoup plus petit naturellement, de celle de Santa Agnese en Agone ; les lignes courbes de la façade et les oculi lui donne de la souplesse et de la grâce. Dans cette rue étroite, le retrait de la façade de la rue lui confère une importance qu’elle n’aurait pas eue si celle-ci avait été placée dans l’alignement. Elle est à deux ordres ; l’ordre bas est décoré d’un haut portail encadré de colonnes et les avancées sont décorées d’un oculus ovale ; au second ordre, une fenêtre centrale tandis que les avancées sont décorées de deux reliefs ronds représentant l’un la louve et Remus et Romulus, l’autre Genius et Accius, fils de Remus, fuyant la fureur de leur oncle Romulus sur des chevaux donnés par Apollon… Selon la légende, Sienne aurait été fondée par les fils de Remus.

Encore quelques pas et, si l’on regarde aussi le haut des bâtiments, on a la surprise d’apercevoir de curieuses représentations : une tête d’oiseaux de proie sur un buste de femme posé comme chapiteau de pilastres encadrant le premier niveau de la façade. C’est peu commun et pourrait faire penser à Horus, le Dieu-faucon des égyptiens s’il n’était de sexe masculin ! C’est que nous sommes au palais Falconieri (« falcone » = « faucon »). Les Falconieri étaient issus d’une riche famille de marchands florentins. Leilo Falconieri s’installa à Rome et reçut les barrettes d’archevêque puis de cardinal.

Le palais, se dresse sur les ruines d'un ancien port fluvial détruit au début du XVIe siècle, dont les infrastructures seraient partiellement conservées dans le sous-sol de l'immeuble. Le bâtiment d’origine appartenait à la famille Ceci, avec huit fenêtres de façade ; il a été vendu une première fois à la famille Odescalchi, en 1574, puis une seconde fois à la famille Farnèse, en 1609, dans l’objectif d’élargir le jardin de leur palais, et revendu enfin à Orazio Falconieri, en 1638, lequel en confia l’agrandissement et la rénovation à Francesco Borromini en 1646.

Borromini allongea le bâtiment de huit à onze fenêtres en façade, en créant un second portail identique au premier pour assurer la symétrie de l’ensemble. Il clôt cette façade par ces deux pilastres surmontés d’une tête de faucon et d’une poitrine féminine, en hommage aux femmes de la famille ou pour souligner la générosité de la famille ? Il créa également une grande loggia sur le toit du palais, tournée vers le fleuve. On peut l’apercevoir en allant sur le lungatovere dei Tebaldi. Cette loggia majestueuse est construite au dessus des trois étages du palais. Elle tranche avec celui-ci à la fois par sa taille, sa hauteur est au moins égale aux deux étages précédents, par ses matériaux, une pierre blanche (du tuf ?) alors que la façade est revêtue d’un enduit jaune, et par sa composition riche quand, au contraire, celle du palais est très sobre. La loggia est composée de trois grands arcs en plein cintre supportés par des colonnes (baie serlienne), encadrés de demi-colonnes, selon un modèle voisin de celui du Palazzo della Ragione du Palladio à Vicenze. L’ensemble est surmonté d’une corniche fortement saillante, à ressauts, et d’une balustrade à protomés[1] de femmes.

En 1927, le bâtiment a été acquis par la Hongrie et il accueille désormais le siège de l'Académie de la Hongrie à Rome avec une triple fonction de diffusion culturelle, d’activités de recherche et de soutien par des bourses d'études. L’Académie de Hongrie est ouverte au public pour des concerts, des projections de films, des soirées littéraires et des expositions.


[1] Protomés : éléments en saillie et décorés d’une balustrade.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le rione de Regola

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