Le premier pont Renaissance de Rome – Une voie majeure pour les pèlerins, mais aussi commerçants et banquiers

 

Rome Regola Ponte Sisto

Une fontaine fermait autrefois la perspective de la via Giulia sur la petite place San Vicenzo Palotti. Elevée par Paul V sur les dessins de Jean Fontana, elle comportait une arcade de deux colonnes d’ordre ionique et un attique sur le fronton duquel étaient placées les armes de Paul V. Elle était alimentée par l’Acqua Paola en passant sous les arcs du pont Sisto[1].

Il ne devait pas être très facile de passer d’une rive à l’autre du Tibre au Moyen-âge et à la Renaissance. En effet, en 1475, des huit ponts romains n’en subsistaient que cinq, le pont Milvio au Nord de Rome, le pont Sant’ Angelo, les ponts Fabricius et Cestius qui permettent de traverser le Tibre en passant par l’île Tiberine, et le pont Aemilius (ou Santa Maria juste après l’île Tiberine, définitivement emporté en 1598). C’est dire qu’il devait y avoir de sacrés embouteillages de charrettes et de pèlerins à chacun de ces passages même s’il existait de nombreux passeurs et bacs sur le fleuve comme le montre le plan Noli (1748). Mais le Tibre est un fleuve très capricieux, avec des crues subites et violentes qui ont emporté régulièrement les ponts qui l’enjambe. Il n’est pas toujours très facile à traverser.

« Son cours n’étant pas long depuis les montagnes est conséquemment fort rapide ; par la même raison, dans le temps des pluies abondantes ou des fontes de neiges, il déborde tout d’un coup, et fait le mauvais garçon ; nous l’avons déjà vu dans toute sa pompe »[2].

« Ce matin, nous nous sommes embarqués en dehors de la porte del Popolo, sur un grand bateau que nous avions fait venir de Ripetta ; c’est le port du Tibre, derrière le palais Borghèse. Nous avions pris un grand bateau, parce que le cours du Tibre, dans Rome, passe pour être d’une navigation dangereuse. Nous avons passé sous quatre ponts, le pont Saint-Ange, orné par Le Bernin, dont la direction est Nord et Sud ; les ponts Sixte, Quatro Capi et San Bartolomeo »[3]

Au débouché de la via Giulia le ponte Sisto est le premier pont construit à la Renaissance. Il avait été précédé au même endroit, en 12 av. J.-C, par un pont antique, le pont d'Agrippa, décidé par Marcus Vipsanius Agrippa, le général et ami de l'empereur Auguste, peut-être pour relier la rive droite du Tibre à sa propriété. Puis le pont changea systématiquement de nom à chaque rénovation ou reconstruction, pont Antonin en 147 sous le règne d'Antonin le Pieux, puis pont Valentinien en 366 sous le règne de Flavius Valentinianus, jusqu'à sa destruction en 791 lors d'une crue exceptionnelle. Ses restes prirent alors le nom de « fractus » ou « ruptus » (« pont brisé »), il n’y avait alors plus personne pour en revendiquer la paternité.

En 1473, Sixte IV Della Rovere (1471 / 1484) décide de reconstruire un pont, sur le même emplacement, pont dont la réalisation est confiée à l'architecte Baccio Pontelli. Le pont est inauguré pour le jubilé de 1475 et, bien sûr, il change une nouvelle fois de nom pour honorer le souverain qui a décidé de sa construction ! Il s'agit d'un pont à quatre arches dont le pilier central possède un oculus pour laisser passer l’eau en cas de crue et réduire ainsi la pression des eaux sur l'ouvrage. Comme pour le zouave du pont de l’Alma à Paris, cet oculus sert aussi de niveau populaire pour mesurer les crues du Tibre. En 1567, le pont est restauré une première fois suite à l’ordre de Pie IV Médicis, avec la décision de l'architecte Vignole de renforcer les piliers. En 1598, une crue endommage la structure qui est à nouveau renforcée et les parapets sont réparés. En 1875, il est envisagé de le détruire pour le remplacer par un ouvrage moderne, mais finalement une nouvelle rénovation, en 1877, l’élargit en lui adjoignant des trottoirs et remplaçant les parapets. En 2000, enfin, les structures rajoutées au fil du temps, qui créaient des désordres dans la structure, ont été supprimées et le pont est devenu strictement piétonnié.

Ce n’est qu’après que Rome sera devenue capitale de l’Italie que seront construits de très nombreux ponts, dix entre 1885 et 1914 portant généralement des noms de héros de l’Unité italienne (Garibaldi, Cavour, Mazzini) ou de la maison royale de Savoie (Umberto I, Regina Margherita, Vittorio Emanuele II).


[1] Joseph Jérôme Le François De Lalande. « Voyage en Italie ». 1790.

[2] Président de Brosses. Lettres d’Italie. 1740.