Une visite pas toujours facile - Un paysage sculpté par l'homme et son histoire

 

Ombrie Assise Santa Maria maggiore

La visite d’Assise est aujourd’hui rendue difficile compte-tenu de l’ampleur du nombre des visiteurs et des pèlerins. L’organisation des visites est, en conséquence, rigoureusement réglementée dans leurs horaires, leurs parcours.

Des huissiers, ou appariteurs, surveillent leur bon déroulement, l’un d’entre eux, dispose même d’un bureau avec sonorisation duquel il lance régulièrement des « chuts ! » ou des « Silencio » autoritaires et dépourvus d’aménités.

Si l’on en croit Dumas, Nodier et Norvins, les visites étaient moins policées au début du XIXe.

« (Le frère) montre ensuite un petit jardin couvert d’épines sur lesquelles se roulait Saint-François pour vaincre les aiguillons de la chair. Malheureusement, et c’est un grand miracle de moins, le frate ne peut montrer cette femme de neige formée par le saint et austère Pygmalion pour mortifier autrement l’irritation de ses sens »[1].

Là encore, ces esprits forts de Français ne peuvent s’empêcher de faire preuve d’ironie. Il est vrai que la confrontation entre des intellectuels, pétris de rationalité et de l’esprit des Lumières, et de moines pas nécessairement très cultivés à l’époque et confis de religiosité, devait être particulièrement abrupte ! Ah, encore un mot sur Saint-François. C’est en partie à lui que l’on devrait la tradition des crèches de Noël. À la suite de la messe de Noël qu'il célébra dans une grotte, l'usage de la crèche de Noël s'est répandu dans l’ordre franciscain puis dans les foyers.

Mais ce ne sont pas seulement les exceptionnels monuments d’Assise qui en font tout l’intérêt, le paysage n’est pas moins remarquable [2], résultat de deux millénaires de transformations : établissements des villages, des édifices religieux, des routes, des cultures agricoles.

Après la période des invasions dites barbares, ayant entraîné une considérable réduction démographique, la réorganisation de la région s’opère tout d’abord autour d’édifices religieux proches des ressources en eau, elles-mêmes associées à des histoires ou pratiques mystiques.

Aux XIe et XIIe siècles, apparaissent de nouveaux propriétaires fonciers (artisans et marchands) qui transforment les cultures herbacées des Seigneuries en cultures d'arbres et d'arbustes, associées à un déboisement massif. Les cultures s’organisent en zones différenciées, la plaine sèche avec des céréales, la plaine humide avec prairies et champs de chanvre, les parcelles sous la ville d’Assise avec des potagers et vergers, le sommet du mont avec des olivaies, les montagnes environnantes sont déboisées et reçoivent des céréales, des vignobles, ou des vergers.

De la Renaissance au XVIIIe siècle, l'assainissement des terres de la plaine se développe ainsi qu’un habitat dispersé dans la plaine, alors que les terres de montagne, moins productives et plus difficiles à travailler, sont progressivement abandonnées.

Au XIXe, enfin, la construction du chemin de fer réorganise le territoire. La voie ferrée coupe l'ancien réseau médiéval de voies, notamment celles qui permettaient de relier Assise avec son territoire agricole et profite à Santa Maria degli Angeli qui devient alors le centre urbain de communications routières et ferroviaires et de production agricole


[1] Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas.. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.

[2] UNESCO. Liste du patrimoine mondial de l’Humanité. « Assise, la Basilique de San Francesco et autres sites franciscains ». 2000.