Une situation extraordinaire - Une église qui ne l'est pas moins - L’escalier du puits de Saint Patrice

 

Ombrie Orvieto Luca Signorelli

Orvieto, comme Assise et Pérouse, est située en Ombrie, une des Régions qui faisait partie des Etats de l’Eglise avant l’unification italienne.

« Orvieto n’est pas de pierre : elle est d’ocre charnue sur un socle de lait caillé »[1].

Orvieto, fondée par les Etrusques, est construite au sommet d’un rocher de tuf volcanique, formant une table plane et ronde dominant la vallée de la Paglia. Elle possède une magnifique église d’architecture gothique. A l’intérieur, la chapelle de la Madone de San Brizio est décorée de fresques illustrant l’apocalypse, commencées par Fra Angelico en 1447, puis Benozzo Gozzoli pour la voûte, poursuivies enfin par Luca Signorelli de 1499 à 1504.

Les différentes scènes murales des fresques de la chapelle de la madone de San Brizio du dôme d’Orvieto (de 1499 à 1504) méritent de s’y intéresser par les compositions qu’elles proposent même si, une fois encore, comme Suarès, on peut trouver le dessin de Luca Signorelli « roide, rude, sec, étranger à la vie »[2]. Oui, l’ensemble manque de souplesse, d’aisance, de grâce enfin ; oui, les personnages sont trop bien alignés et ordonnés en rangs d’oignons comme pour une parade ; oui les ressuscités apparaissent bien raides mais n’est ce pas normal après tant de millénaires à attendre le jugement dernier ? Oui les corps de femmes manquent d’élégance et de souplesse ; oui les couleurs sont sèches, criardes, fortement contrastées…

Mais en même temps, c’en est bien fini de la peinture hiératique et symbolique du moyen âge, peintures que l’on peut observer dans l’autre chapelle de la cathédrale, la chapelle du Corporal. Les personnages ressemblent aux hommes et aux femmes de la vie quotidienne, ils ont des trognes, font des grimaces, expriment par leurs mimiques la cupidité, la crainte, la peur, la douleur, l’étonnement ou la joie… Ils sont au centre des compositions, et non plus des comparses non identifiables dans des représentations essentiellement mystiques.

Non, Suarès se trompe, c’est bien la vie qui s’insinue partout dans les tableaux, la vie des hommes réels et non plus des allégories célestes et divines.

Orvieto présente une autre curiosité singulière et intéressante, l’escalier du puits de Saint Patrice creusé dans le tuf volcanique pour descendre au niveau de la nappe phréatique, à une profondeur de 63 mètres, et permettre ainsi à la ville fortifiée sur le sommet de ce plateau de faire face aux sièges les plus longs. C’est Clément VII qui en commanda l’exécution alors réfugié à Orvieto suite au sac de Rome par les troupes de Charles Quint.

« Le sac de Rome par Charles Quint ravage atroce qui dura sept mois et où l’empereur catholique surpassa les fureurs de ces chefs du Nord qu’avant lui on dut nommer rois des barbares »[3]

L’escalier est composé d’une double hélice concentrique pour éviter le croisement des montées et des descentes, éclairée par les nombreuses fenêtres du puits central. Ce luxe de construction répond manifestement plus à une étude architecturale qu’à un véritable besoin technique. Aussi, vous ne serez pas étonné d’apprendre qu’il fut percé de 1527 à 1537 par Antonio Da Sangallo le Jeune ! Et l’on peut y voir une étape dans une réflexion artistique dans la lignée des Bramante (escalier du Belvédère) ou inspiratrice des travaux de Borromini (escalier du palais Barberini).


[1] André Suarès. « Voyage du Condottiere ». 1932.

[2] Idem.

[3] Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas.. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.