Murillo et le culte marial - Séville et le mariage de Figaro

 

Espagne Séville Murillo

Il s’agit de la chapelle privée de la famille De Lebrija. C’est une petite pièce décorée d’un retable baroque devant lequel trône un Christ philippin en ivoire du milieu du XVIIIe. Les autres murs sont ornés de peintures religieuses espagnoles dans lesquelles la Vierge a une place de choix.

Il faut savoir que le culte Marial a été essentiellement promu par l’église espagnole du XVIe siècle qui soulignait le rôle de Marie, mère de Dieu, dans la rédemption de l’Humanité et souhaitait faire reconnaître la conception immaculée de Marie par Rome. Marie était ainsi la « nouvelle Eve », préservée du péché et de ses infâmes souillures, elle devenait la réparatrice de la faute originelle et pouvait donc jouer à ce titre un rôle actif dans le salut de l’Humanité. Avec cette proposition religieuse se jouait aussi une bataille politique : celle la place de la puissance espagnole dans la chrétienté, notamment contre la France et ses rois qualifiés de « fils aînés de l’église ». La peinture y a tenu un rôle important en diffusant largement l’image de la Vierge et Murillo en fut un des plus fidèles séides. Il faudra toutefois attendre le milieu du XIXe siècle pour que le pape Pie IX (1846 / 1878) reconnaisse la conception immaculée de Marie et institue le culte Marial.

La chambre de la comtesse… Nous sommes au château d’Aguas Fresca, du comte d’Almaviva, dans les environs de Séville. Le décorateur a imaginé un dispositif très simple, une pièce dont la taille est accentuée par une fausse perspective[1]. A droite, une coiffeuse avec sa glace et un vaste lit blanc dont la tête est garnie de hauts rideaux blancs également. Au fond, à gauche, une imposante armoire, aux moulures et sculptures imposantes, blanche également, armoire qui sert tout à la fois de cabinet pour la garde robe de la comtesse, et de lieu d’habillage. L’ensemble est baigné d’une lumière jaune rosée.

Début de l’acte II. La comtesse, devant sa coiffeuse, se plaint que le comte la délaisse et l’humilie dans une longue aria « Porgi amor… ».

Si Don Juan est fils de Séville, c’est plus difficile de l’admettre pour Figaro. Le « Barbier de Séville » est de 1775 et le « Mariage de Figaro » de 1784. Séville n’est plus la grande ville qu’elle fut au XVIIe siècle. On estime que la peste de 1648 a décimé le cinquième de sa population ; le Guadalquivir s’ensable et ne permet plus aux vaisseaux de remonter le fleuve obligeant la ville à céder à sa rivale Cadix, en 1715, son monopole du commerce avec les Amériques. Le tremblement de terre de 1755 finit de ruiner la ville. Il est vrai que Beaumarchais situe l’action au siècle précédent…

Figaro apparaît plutôt comme l’enfant des lumières que du conformisme social et politique de l’Espagne du XVIIe siècle. Figaro sert son maître certes, comme tous les valets de comédie, mais il intrigue contre lui et même rivalise avec lui. Figaro critique l’état de servitude qui lui est fait et revendique une autre place dans la société, place qu’il finira d’ailleurs par obtenir avec la découverte rocambolesque de sa naissance bourgeoise ou de petite noblesse ! Les personnages du « Mariage » apparaissent bien plus comme représentatifs d’une société à la veille d’une révolution, que comme les acteurs d’un « Siècle d’Or » en décadence. On peut imaginer que Mozart n’a pas été insensible au personnage de Figaro qui refuse, comme lui même, la servitude à un maître, que ce soit le comte d’Almaviva ou l’Archevêque de Salzbourg, un Figaro qui revendique une position sociale fondée sur le talent et non sur la naissance[2].

Mais dans la chambre de la comtesse De Lebrija, pas de coiffeuse, pas d’armoire dans laquelle pourrait se dissimuler Cherubino quand arrivera le comte, pas de fenêtre donnant sur un jardin par laquelle le même Cherubino s’échappera et piétinera les plates-bandes qui trahiront finalement son passage. Par contre, elle est meublée de curieux secrétaires espagnols, l’un de style mudéjar, les deux autres recouverts de papier peint découpé.


[1] Mozart. « Le mariage de Figaro ». Représentation du 12/06/2003 à l’opéra de Montpellier.

[2] « La naissance n’est rien où la vertu n’est pas ». Molière. « Le festin de pierre ». 1665.

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