Saintes Justa et Ruffina - Les expositions universelles de Séville

 

Espagne Séville Goya Santa Justa y Rufina

La chambre dite « de Canton » renferme une importante collection de porcelaine chinoise et quelques tableaux, un Saint-Jérôme d’école espagnole flamande, une vierge à l’enfant Jésus de l’école de Van Dyck, et les saintes Justa et Ruffina de l’école de Murillo. C’est une représentation que vous retrouverez à plusieurs reprises dans les églises et musées de la ville car, comme Trajan et Hadrien, ces deux jeunes filles seraient originaires de la ville, et plus particulièrement du quartier de Triana. Chrétiennes, elles auraient été accusées d’avoir brisé une idole et, en conséquence, condamnées à être jetées aux lions. Dans la sacristie de la cathédrale, vous retrouverez le même thème traité par Goya. C’est dit-on un des rares  thèmes religieux traité par ce peintre. Commandée par le chapitre de la cathédrale pour y être exposée, l’œuvre est un peu mièvre, sans l’ironie ou le réalisme de ses autres tableaux, y compris sur le même thème dans une œuvre exposée au Prado.

La condesa avait parfois des idées saugrenues. La décoration du plafond de la salle à manger comporte trois étoiles dont les branches sont réalisées avec de remarquables assiettes de porcelaine japonaises, françaises et espagnoles, collées au plafond ! J’espère qu’elles y sont solidement fixées car il ne faudrait pas qu’elles se décrochent et chutent sur les convives - cette pièce peut être louée pour des cocktails ou des mariages – à la manière des pierres peintes collées dans les premiers tableaux de l’enfant Salvador Dali ce qui faisait dire à son père : « Tiens, c’est un nuage de notre fils qui tombe ! » (anecdote réelle ou histoire inventée par un Dali vieillissant ? Ou encore trouvaille d’un journaliste en mal de sensationnel ? Mais l’histoire est jolie).

La salle à manger est meublée en art espagnol façon « Grand siècle » que l’on pourrait comparer à notre style Henri II avec plus de massivité et de lourdeur encore ! L’ensemble relève de ce style éclectique qu’affectionnait la très grande bourgeoisie du début de XXe siècle. Une illustration exemplaire de ce style composite est donnée à Séville avec les bâtiments de l’exposition universelle de 1929. Le pavillon d’Espagne, un immense hémicycle de deux cent mètres de diamètre, mêle les styles mudéjar, Renaissance et baroque ! L’ensemble ne ressemble à rien et serait de très peu d’intérêt si l’architecture n’en était rehaussée par de très jolis azulejos. C’était d’ailleurs assez curieux de construire un pareil bâtiment au premier quart du XXe siècle : par sa forme comme par son architecture il est proche cousin du Palais de Chaillot érigé en 1878, soit un demi-siècle plus tôt, mais sans aucune ressemblance, sinon la forme demi-circulaire, avec le Trocadéro dont il n’est pourtant séparé que de 8 ans (1937) !

Mais que dira t-on dans un siècle de l’architecture des pavillons de l’exposition de 1992 ? Dans un cas comme dans l’autre, l’ensemble des bâtiments et des abords apparaissent bien délaissés, d’un côté les carreaux et colonnettes de faïence s’effritent, tombent au point qu’il faut placer des barrières protectrices pour éviter les chutes sur les passants, de l’autre les trottoirs sont défoncés, les lampadaires cassés, les structures métalliques des jardins couvertes de végétation et de rouille, et les pavillons servent en partie d’entrepôts. Séville, une nouvelle fois, s’est taillée un costume trop ample et trop riche pour elle, sans avoir les moyens d’entretenir sa garde-robe. La fête, les fêtes faudrait-il dire car il y eut 1929 et 1992, furent sans doute riches, brillantes, l’argent apparemment dépensé sans compter, mais les lendemains apparaissent un peu tristes.

Mesdames et Messieurs, la visite du palais De Lebrija est maintenant terminée. Vous pouvez, si vous le souhaiter, visiter les salles du rez-de-chaussée. Comme Pierre Loti qui organisait, dans sa petite maison de Rochefort, des fêtes arabes, ottomanes ou chinoises, la comtesse de Lebrija, aimait aussi à donner, dans les salons du rez-de-chaussée et le patio, des fêtes costumées, à thèmes. Un des tableaux exposés dans une salle du rez-de-chaussée la représente en princesse égyptienne ! Vous pourrez y admirer des mosaïques romaines d’Itálica et des céramiques étrusques… tous ces « fragments de l’Histoire, mais aussi d’histoires plus modestes, toutes ces traces de la vie inscrites dans la pierre… » comme le souligne, mais en espagnol et en anglais, la plaquette de présentation.

 

Séville - Montpellier, janvier / juillet 2003.

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