Des règles comptables des projets étranges et évolutives

 

Rome San Saba FAO 3

Pour élaborer votre projet de budget, ce sera pire encore.

Les règles comptables de la FAO datent de la fin de la seconde guerre mondiale et mélangent paiement du travail avec paiement des approvisionnements. L’important, en conséquence, c’est le détail qui fait « vrai » : la location d’un ordinateur, l’achat d’un magnétophone enregistreur, le prix des petits fours… Privilégiez systématiquement les détails sur les sommes modiques dont chacun peut apprécier la réalité.

Par contre, pour les fortes sommes dont on connaît mal les montants, voyages d’avion, hébergements, indemnités… vous pouvez mélanger allègrement des sommes libellées en euro ou en dollars, cela n’a manifestement aucune espèce d’importance, même avec un euro à 1,4 dollar, comme nous l’avons constaté dans des documents prétendument rédigés par des consultants embauchés par l’institution. Et cela, sans que cela semble gêner quiconque.

Et le contenu du projet me direz-vous ? Aucune importance, vous dis-je ! Personne ne s’intéresse à ses objectifs, son programme. Pourquoi faire ? Comment cela participe-t-il au développement de l’agriculture ? A celle de l’alimentation ? Est-ce efficace pour l’avenir de faire une réunion de parlote supplémentaire ?

Non, je vous le répète, pensez prioritairement à la forme de la manifestation, à répéter inlassablement qu’elle participe à la lutte contre la faim, contre la pauvreté et à la prévention des évolutions climatiques. Faites des références aux nombreuses manifestations antérieures de la FAO, évitez les espaces typographiques, assurez-vous de quelques prix de base de services ou de produits simples. Vous pouvez ensuite très bien défendre la culture des agro-carburants dans le cadre des objectifs précités et dire exactement le contraire deux ans plus tard si vous avez bien précisé que votre objectif, dans un cas comme dans l’autre, est toujours de lutter contre la faim, la pauvreté et les changements climatiques. J’exagère ? Même pas ! Ce n’est que le résultat d’une expérience concrète.

Imaginons que vous ayez réussi à passer les deux premières étapes.

Grâce à l’appui indéfectible de votre gouvernement, du financement qu’il vous a octroyé et mis à la disposition de la FAO, et à la rédaction de votre projet selon les règles administratives locales, votre projet a finalement été accepté, du bout des lèvres, par la FAO. Du moins, par quelques instances supérieures, mystérieuses, qui ont jugé nécessaire la participation de l’institution d’autant que celle-ci est aujourd’hui fort menacée. Ce n’est donc pas le moment pour elle de trop faire la fine bouche surtout quand on ne lui demande pas un sou.

Vous attaquez maintenant la troisième étape, celle où il vous faut préciser les éléments clefs de votre manifestation : définir les contenus, choisir les conférenciers et intervenants, faire la liste des personnes à inviter.

Vous avez alors la surprise de constater que le projet de budget que vous aviez laborieusement élaboré, en respectant des règles apparemment normalisées et très strictes, est remis en cause avec des transferts de lignes à lignes, s’accompagnant d’une augmentation de certaines dépenses. Pas de toutes, certes. Elles semblent plutôt se faire au profit de l’activité de l’institution, notamment par des embauches temporaires de personnel, au dépend d’autres dépenses dont on pouvait penser qu’elles auraient été prioritaires : celles des invitations de partenaires africains par exemple avec prise en charge de leurs frais de transport et d’hébergement. C’est d’autant plus curieux que la FAO prélève déjà 13% du budget global au titre des frais de gestion, ce qui est un pourcentage plutôt coquet. 

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