Un fonctionnement sclérosé où chacun s'efforce de tirer son épingle du jeu

 

Rome FAO 5

Mais cela n’est rien encore. Alors que vous pensiez, certainement naïvement, qu’il fallait travailler prioritairement sur le programme et les contenus de la manifestation, mais aussi sur le choix des intervenants qui doivent assurer la qualité de la réflexion et des débats, toute votre énergie doit être mobilisée au contraire sur le seul choix des participants ! La FAO étant une « grande institution internationale » dans laquelle sont représentés 180 Etats de la planète, il vous faudra en effet accepter quelques règles de conduite particulières en regard des personnes que vous souhaitiez inviter.

Un : il faut respecter des équilibres de nationalité, autant d’Ivoiriens que de Guinéens ou de Mozambicains si votre projet concerne l’Afrique. Peu importe, par exemple, que les Ivoiriens aient à rendre compte d’expériences particulièrement intéressantes en regard de votre thème, alors que d’autres nationalités n’auraient pas nécessairement grand-chose à partager. Ce n’est pas le contenu des analyses ou des expériences qui prime, mais que chaque nationalité puisse prendre la parole, quoi qu’elle ait à dire. Il suffit de respecter les règles édictées plus haut pour être apprécié dans la boutique : citer à tous propos les mots magiques « lutte contre la pauvreté », « lutte contre la faim », « prévention des changements climatiques », et faire systématiquement référence aux précédents travaux de la FAO, etc.

Deux : de toute façon, les invitations d’officielles vont transiter par les Etats membres et ce sont les Etats et leurs responsables ministériels qui vont décider d’envoyer tel ou tel, quel que soit leur niveau de compétences en regard du thème de travail. Vous souhaitez faire intervenir X qui s’est illustré dans la conduite d’une expérience innovante et dans la réalisation d’un projet efficient ? Vous aurez Y pour une raison inconnue, même si vous pouvez faire quelques hypothèses sur les critères de choix dans certains Etats.

Troisième et dernière règle d’or à respecter impérativement sous peine de casus belli : pas question de critiquer une politique, une expérience, un projet, ce serait critiquer un Etat membre. Toute expérience est donc bonne pour peu qu’elle soit défendue par son gouvernement et que ce gouvernement appartienne à un pays membre de la FAO, même s’il développe la culture des agro-carburants au dépend des agricultures familiales vivrières…

Imaginons, mais ce n’est qu’hypothèse d’école bien sûr, que vous ayez quelques difficultés avec ces fonctionnements étranges, que vous souhaitiez vous en ouvrir à d’autres personnes, un supérieur hiérarchique au sein de l’institution par exemple, pour négocier certains points sur lesquels vous avez des incompréhensions ou quelques velléités de procéder différemment : ouvrir votre manifestation à la société civile par exemple en invitant des responsables professionnels et syndicaux et éviter de n’avoir que des représentants de ministères, ou modifier l’importance de la représentation des nationalités en fonction des expériences conduites, ou pire encore, faire figurer le logo de votre institution dans les invitations et les programmes !

Las ! Cela se gâte. D’une part, le supérieur n’aura vraisemblablement aucune influence sur son subordonné si celui-ci gère son propre projet, avec des sources de financement spécifiques qu’il aura obtenu de tel ou tel gouvernement. Il manage son petit pécule comme il l’entend, il suffit qu’il en réfère à ses supérieurs, lesquels ne semblent pas avoir grand-chose à lui dire. S’il approuve, il viendra présider une séance d’ouverture ou de clôture de la manifestation. Mais, il peut tout aussi bien être en désaccord total avec l’initiative de son subordonné, auquel cas il ne lui reste plus qu’à faire comme s’il ne voyait rien ou à prendre le prétexte de réunions, de missions ou d’une maladie pour vous ignorer superbement ainsi que la manifestation qui se déroulera néanmoins sous le timbre de l’institution. On peut même aboutir à la situation où aucun responsable de l’institution ne participe à la manifestation dont la FAO sera pourtant partenaire et qui se déroule pourtant dans ses locaux ! Curieux, non ?

En conséquence, n’essayez pas de négocier avec un quelconque supérieur hiérarchique. Contentez-vous de faire ce que vous pouvez avec votre interlocuteur. Si celui est accommodant, vous avez de la chance ; s’il ne l’est pas, il ne vous reste plus que vos yeux pour pleurer sur le montant de la subvention que vous aviez obtenue de votre gouvernement et sur laquelle vous n’avez plus aucune espèce d’influence. A la FAO, comme au loto, on perd plus souvent qu’on ne gagne.

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur la FAO

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