Un monstre administratif dépassé - Une disparition qui ne serait pas une grosse perte 

 

Rome FAO 6

Vous pensez certainement que ceci est une caricature de la FAO. Hélas, non. C’est seulement un compte-rendu, très édulcoré, d’une expérience de dix années de contacts et d’une tentative d’action conjointe avec un des services de l’institution…

Après tout cela, étonnez-vous que l’institution ronronne avec des personnes qui sont des professionnels de la présence internationale pour y faire des discours de langue de bois, sans aspérités, ni critiques, dans lesquels on cite abondamment la lutte contre la pauvreté, la faim… mais sans aucun aspect concret, ni expérience qui pourrait fâcher quiconque.

J’étais jusqu’alors de ceux qui croyaient que ce type de grande institution internationale pouvait jouer un rôle important au regard de la Paix dans le monde, de l’avenir de la planète… Qu’elle pouvait être un forum, un lieu de réflexion et de proposition, une caisse de résonance, où l’on pouvait faire entendre des voix différentes, des expériences nouvelles, qu’elle était enfin un lieu de concertation démocratique face aux diktats d’Etats plus puissants, comme les Etats-Unis (exemple de pays pris au hasard bien sûr).

Une expérience de plusieurs années de contacts avec la FAO et d’autres institutions internationales m’a dessillé les yeux. Ces institutions ne sont que des monstres administratifs où chacun pense à défendre sa place, son projet, ses petites activités, sans projet d’ensemble, sans vision globale, sans idées nouvelles. Ces « machins » sont en décalage total avec le mouvement social, complètement à la traîne concernant les analyses et l’élaboration de prospectives imaginatives et courageuses. Au mieux, ils s’efforcent de récupérer, avec beaucoup de retard, les travaux pertinents effectués par d’autres.

Ce bilan est déjà en soi très grave mais, en plus, cette institution demeure persuadée qu’elle est la spécialiste de la question agricole, la porte parole mondiale du problème, l’expert indiscutable qui doit piloter la réflexion… alors qu’elle ne fait qu’entériner des débats anciens, parfois en décalage total avec les nouvelles analyses, pour preuve ses prises de position antérieures sur les agro-carburants.

Faute de fil d’Ariane pour s’en sortir, ne reste-t-il comme solution que la destruction du labyrinthe lui même ? Hélas, aujourd’hui je le crois et, vu la qualité architecturale de l’immeuble de la FAO, ce ne serait pas une grosse perte.

Le rapport « résultat / coût » de l’institution est aujourd’hui, à mon avis, très, très faible, voire négatif. La FAO, au lieu d’être en pointe dans la réflexion, est tout simplement à la traîne parce que sans volonté politique, sans projet, sans dynamique ; en privilégiant le consensus mou entre les Etats, elle aboutit à défendre le plus petit dénominateur commun ! Il vaudrait mieux faire disparaitre l’ensemble pour qu’un véritable débat contradictoire puisse se développer. Dramatiquement, le fonctionnement de la FAO aboutit à donner raison aux pays anglo-saxons dans leurs critiques et leur mise en cause alors même que leur stratégie est de développer un libéralisme sauvage qui va à l’encontre d’objectifs de sécurité alimentaire, de lutte contre la pauvreté, de lutte contre la faim et de prévention des changements climatiques.

La FAO est à elle-même son plus redoutable ennemi.

 

Rome / Montpellier, 2002 / 2009

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