Entre Bohême, Bavière, Franconie et Würtemberg...

 

Autriche Vienne Belvédère Carloni

Vienne a la réputation d’être la capitale de l’art baroque. L’affirmation mérite donc d’être vérifiée !

La coutume veut que l’acte de naissance du baroque soit daté par la « Bataille de la Montagne Blanche », près de Prague, qui consacre la victoire des armées autrichiennes sur celles du roi protestant de Bohême (1620). C’est le début du mouvement de la Contre-réforme en Bohême, puis en Europe. Avec la victoire sur les Ottomans et la fin du siège de Vienne, en 1683, les Habsbourg apparaissent comme les nouveaux champions de la chrétienté et leurs territoires se couvrent d’églises et de monastères.

C’est dans le Sud de l’Allemagne (Bavière, Franconie et Württemberg) que j’ai découvert l’art baroque. Parmi les sites remarquables : l’église de pèlerinage de Wies (1754), en Bavière, près d’Oberammergau. Construite par l’architecte Domenikus Zimmermann (1685 / 1766), la décoration intérieure est fastueuse avec une débauche d’ornementations : chapiteaux de colonnes composites à plusieurs étages de ramures, entablements ouvragés, voûtes complexes faites d’arcs superposés, médaillons peints sur les murs, ornements de stucs peints ou dorés, voûte simulant une coupole…

Autre exemple, en Franconie, la « Vierzehnheiligenkirche » de Balthazar Neumann (1687 / 1753), dans les environs de Würzburg. C’est une église extérieurement élégante avec deux tours fines en façade et un jeu subtil de courbes et contre-courbes. La nef est composée de trois ovales juxtaposés, l’autel étant situé au centre de l’ovale médian. Là encore, comme dans l’église de Gössweinstein (1739), près de Bayreuth, de Balthazar Neumann également, on remarque l’exubérance de la décoration intérieure. Elle marie colonnes carrées et rondes, avec des chapiteaux enrichis de palmes et de feuillages en volutes, des voûtes d’arêtes surbaissées, des doubles entablements séparant les chapiteaux de la voûte et un double étage de fenêtres pour augmenter les effets de perspective. Le jeu des formes est complété par celui des couleurs entre colonnes, pilastres, murs, et entourages de fenêtres peints en blanc. L’ensemble est agrémenté de nombreuses sculptures, dont des angelots assis sur les entablements !

La grande famille d’architectes allemands des Dientzenhofer a également quelques réalisations éblouissantes à leur actif. Johann Dientzenhofer (1673 / 1726) a construit l’église du couvent bénédictin de Banz (1719) en Franconie. La façade est étroite, encadrée de deux hautes tours terminées par des doubles bulbes, afin de souligner les effets verticaux. Les lignes horizontales sont, par contre, toutes en jeu de courbes. La nef, dont le plan est composé d’un jeu d’ellipses entrecroisées, est également d’une très grande richesse décorative : luxuriance des chapiteaux, double entablement, fresques de la voûte aux couleurs très vives sur un fonds bleu éclatant. Enfin, en Württemberg, l’église de Steinhausen, près de Biberach, de Domenikus Zimmermann composée d’une nef ovale entourée d’un déambulatoire auquel s’accole un chœur, également de forme ovale, les deux surmontés de coupoles de tailles inégales. Outre les formes complexes, en courbes et contre courbes, on retrouve le même foisonnement des chapiteaux, l’exubérance des décorations avec des palmes, des putti, des guirlandes de fleurs… Que sais-je ?

Aux yeux d’un français, plus habitué à l’esthétique des architectures romanes et classiques, la décoration paraît excessive : trop de courbes, trop de décrochements, trop de marbres, trop de stucs, trop de colonnes, trop de statues, trop d’angelots joufflus, trop de guirlandes de fleurs, trop d’or ! Trop de tout. Trop, c’est trop !

« … si le baroque, d’un côté prolonge l’idéal de rigueur et de pureté de la Renaissance (Borromini, Guarini), d’un autre côté on lui doit la fantaisie, l’extravagance décoratives »[1].


[1] Dominique Fernandez. « La perle et le croissant. L’Europe baroque de Naples à Saint-Pétersbourg ». 1995.

Liste des promenades dans Vienne

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