Le palais supérieur - la salle des fresques, de Gaëtano Fianti - Le palais inférieur - L’apothéose du Prince Eugène en Hercule

 

Autriche Vienne Belvedere

Le Belvédère fait partie des grandes manifestations du baroque à Vienne. C’était le palais du prince Eugène de Savoie-Carignan (1663 / 1736) grand pourfendeur d’Ottomans devant l’Eternel : pendant le second siège de Vienne en 1683 et lors de la troisième guerre austro-ottomane de 1716-1718. C’est ce qui lui valut sa gloire et sa fortune.

Les deux palais du Belvédère, de Johann Lukas von Hildebrandt 1668 / 1745), par leurs situations, l’un en bas de la colline, l’autre en haut, permettent de tirer le meilleur parti d’un terrain dont la forme, toute en longueur, rendait difficile l’organisation de l’espace.

Le palais inférieur (1716), bas, d’un seul étage, est dominé par la façade imposante, bien que pas très longue, du palais supérieur (1729). La façade du palais supérieur est découpée en une succession de pavillons, de hauteurs différentes, aux formes variables  notamment avec les pavillons octogonaux qui la terminent, avec des toits pentus aux formes changeantes, à quatre pentes, à pans coupés pour le corps de bâtiment central, en coupoles. Tout cela confère à la façade, avec les pieddroits, voussures et entablements très travaillés des embrasures, une certaine légèreté, une grâce qui évite une majesté trop solennelle.

L’intérieur est également représentatif de l’art baroque, notamment par l’existence de peintures en trompe-l’œil. C’était une technique très prisée des artistes baroques, prolongeant ainsi les travaux de la Renaissance sur la perspective. Au palais du Belvédère supérieur la salle des fresques, de Gaëtano Fianti, compose une architecture extérieure, de péristyles et de colonnades, avec des jeux de pilastres et de colonnes. Quel que soit le lieu où l’on se situe dans la salle, la perspective des enfilades de colonnes est toujours respectée, ceci étant notamment rendu par une position de la ligne d’horizon située à la hauteur des yeux du spectateur et par la continuité des architectures fictives entre l’architecture intérieure de la salle et celle peinte sur les murs : même taille et même forme des colonnes et des arcs, même coloration.

Le plafond de la grande salle de marbre du palais du Belvédère inférieur est orné d’une fresque en trompe-l’œil de Martino Altomonte qui illustre le goût du baroque pour la représentation d’architectures fictives avec loggias, balcons, niches, s’ouvrant sur des perspectives célestes infinies, peuplées de personnages flottant dans l’espace ou volant dans les nuées.

Le musée d’art baroque du Belvédère inférieur présente une curieuse statue, « L’apothéose du Prince Eugène en Hercule » (1721), de Balthazar Permoser. Le Prince Eugène de Savoie, jugé trop petit pour servir dans les armées du Roi Louis XIV, s’était mis au service des Habsbourg. Maréchal à trente ans, vainqueur des Ottomans une première fois à Zenta en 1697, une seconde en 1717 à Belgrade, il fut aussi vainqueur de nombreuses batailles lors de la guerre de Succession d’Espagne.

Suite à ses différents succès, le Prince Eugène pouvait prétendre à cette représentation allégorique en Hercule. Mais cette statue est assez étonnante par sa composition d’une part et, d’autre part, parce qu’elle est imaginée pour être indépendante de tout bâtiment. Elle se suffit à elle-même et n’est pas prévue pour être une décoration murale comme cela était le cas général à l’époque baroque.

Le Prince Eugène est représenté en armure, avec sa perruque. Tel Hercule, il foule aux pieds l’Envie figurée par un vieillard, tout en voulant, avec modestie, empêcher la Renommée d’emboucher la trompette de la gloire ! A l’ensemble sont adjoints force angelots joufflus. La statue est très particulière par sa composition faite de corps superposés, le Prince Eugène piétine le corps du vieillard et repousse l’Envie sous son bras gauche, alors que des putti le dominent à droite. Elle est aussi fort peu banale par la posture du Prince Eugène. Il s’agrippe de la main droite à une branche d’arbre pour mieux piétiner l’Envie ? Mais il doit cambrer le torse très en arrière pour repousser de la main gauche la trompette de la renommée. La situation semble fort instable et l’ensemble bien mouvementé, au sens propre comme au figuré.

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