Une façade composée d'ajouts successifs - A l'intérieur, une décoration somptueuse

 

Autriche Vienne Schonbrunn

Après la victoire de 1683 sur les Ottomans, Léopold Ier (1640 / 1705), archiduc d'Autriche, empereur du Saint-Empire romain, chargea l’architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach de restaurer une construction antérieure, endommagée au cours de la guerre, avec pour ambition de devenir le "Versailles" autrichien. Les travaux furent interrompus par le déclenchement de la guerre de Succession d'Espagne, en 1701, puis par le décès de l'empereur Joseph Ier en 1711.

Au milieu du XVIIIe siècle Marie-Thérèse, archiduchesse d’Autriche et impératrice consort des Romains (1717 / 1780), choisit Schönbrunn comme résidence permanente et fit agrandir et transformer la résidence d'été par Nicolò Pacassi dans le style rococo.

« Ce qui différencie Ie plus Schönbrunn des quatre autres palais[1] est Ie fait qu'il ne doive pas sa forme actuelle à une seule génération de figures régnantes princières ou royales et de leurs architectes mais à une succession de princes de la maison de Habsbourg, dont beaucoup ont laissé des traces évidentes de leurs intérêts ou de leurs fantaisies »[2].

Schönbrunn était la résidence d’été de la famille impériale. Mozart y joua à l’âge de 6 ans, Napoléon y séjourna en 1805 et en 1809 après les batailles respectives d’Austerlitz et de Wagram, le congrès de Vienne s’y tint en 1814 et en 1914.

Bien que remaniée par les agrandissements successifs, la façade de Schönbrunn est beaucoup plus simple que celle du Belvédère supérieur. Rectiligne, d’égale hauteur, à l’exception d’un petit étage supplémentaire sur le pavillon central. Elle est rythmée par le jeu des fenêtres et des pilastres qui les séparent avec, là encore, une exception dans le pavillon central où les pilastres sont remplacés par des demi-colonnes et par deux pavillons, en avancée, situés en extrémité. L’ensemble se veut monumental, grandiose, pour souligner bien évidemment la grandeur de l’Empire et de son maître. Extérieurement, Schönbrunn apparait d’un baroque moins exubérant, moins foisonnant d’inventivité que le baroque d’Allemagne du Sud. C’est, qu’art de la cour de l’Empire, le baroque devait en souligner la puissance par une certaine monumentalité privilégiant les masses et les lignes droites à l’exemple de la royauté française où il ne parvint pas à se développer parce qu’il n’illustrait pas suffisamment le pouvoir absolu d’un Louis XIV.

 « Le fait de travailler dans la capitale des Habsbourg et de côtoyer le pouvoir incita les artistes à développer ce qui nous plaît le moins dans le baroque : l’ostentation, la pompe d’un appareil d’Etat »[3].

A l’intérieur, par contre, l’art baroque, voire rococo, s’y donne libre cours. C’est que dans les pièces de réception comme dans les appartements du prince, il convient au contraire de souligner la richesse de l’empire : planchers marquetés de différentes façons, colonnes, pilastres, marbres, boiseries, soieries et tapisseries, frises aux murs, fresques, lustres sculptés recouverts d’or, lustres en cristal.

Nous n’avons pas eu le temps de visiter l’abbaye de Melk, située à 80 kilomètres de Vienne, afin de poursuivre notre approche du baroque autrichien, mais il faut bien avouer que l’opinion de Dominique Fernandez ne nous y avait pas engagé !

« Melk domine du haut d’un éperon rocheux une courbe du Danube ; à part cette belle situation, (le voyageur) ne pourra que juger sévèrement l’exhibition de richesse, de pompe et de mauvais goût, et fuir au plus vite cette église bardée d’or, qui est à l’art baroque ce que Lourdes est au style roman »[4].

Fermez le ban !


[1] Versailles (France), La Résidence de Würzburg (Allemagne), Augustusburg (Allemagne) et Drottningholm, (Suède).

[2] UNESCO. « Liste du patrimoine mondial ».

[3] Dominique Fernandez. « La perle et le croissant. L’Europe baroque de Naples à Saint-Pétersbourg ». 1995.