Le Karl Marx Hof - Friedensreich Hundertwasser

 

Autriche Vienne Hundertwasser Haus

Si Vienne ne semble pas connaître en cette fin de siècle la fébrilité parisienne en matière de nouvelles réalisations architecturales, un programme ambitieux de logements sociaux y fut conduit de 1920 à 1933. Plus de 60 000 logements furent alors édifiés dans la capitale autrichienne dans de grands ensembles de logements sociaux. Les élèves d’Otto Wagner participeront notamment à la construction d’ensembles comme le « Karl Marx Hof » (1927) de Karl Ehn qui comprend plus de 1 600 logements.

Le « Karl Marx Hof » est considéré comme le symbole de la forteresse ouvrière. Il en a les formes, mille mètres de façades en pourtour, enserrant trois grandes cours intérieures dans lesquelles on pénètre en passant sous de vastes arches, et une grande place centrale avec statues et hampes de drapeaux, le tout un peu emphatique, en hommage à « l’homme nouveau ». Il en a aussi l’histoire : le Karl Marx Hof fut un des principaux points de résistance ouvrière au coup d’Etat fasciste du 12 février 1934 du chancelier Dollfuss et il dut être attaqué au canon !

Ce grand ensemble, très aéré, aux larges fenêtres, avec des balcons, reste un modèle d’urbanisme social. De nombreuses boutiques, ainsi que des services sociaux, sont présents en rez-de-chaussée des immeubles. Aujourd’hui, les bâtiments comme les jardins sont parfaitement entretenus.

Après la seconde guerre, les opérations de construction d’immeubles ne semblent pas avoir conservé la même qualité d’architecture et d’urbanisme qui sont plutôt à l’image des réalisations communes des pays européens. Outre les grands ensembles de type HLM, Vienne a eu droit à son gratte-ciel, la tour du Ring, un cube de béton brut d’où jaillit un parallélépipède dressé du même métal. L’imagination n’était manifestement pas au pouvoir.

L’Autriche a néanmoins encore fourni un artiste très original en la personne de Friedensreich Hundertwasser (1928 / 1998). Peintre, Hundertwasser s’est intéressé à l’architecture en réaction à l’architecture fonctionnaliste d’un Adolf Loos. A l’occasion du cinquantenaire du livre de Loos « Ornement et crime » (1908), dans le manifeste « Los von Loos »[1], il revendique le droit de l’homme à exercer sa créativité sur son habitat (1958). En référence aux avis de Loos sur Otto Wagner et Gustav Klimt, il reconnaît que les ornementations du Jugendstil étaient peut-être « anecdotiques », « stéréotypées », mais dénuées de tout ornement les maisons n’en sont pas plus « sincères ». Le manifeste « Los von Loos » sera complété par « Le manifeste de la moisissure contre le rationalisme en architecture », de 1958, dans lequel il réaffirme son refus de la ligne droite (« La ligne droite immorale et impie ») et de l’architecture fonctionnaliste. Dans un addendum de 1964, enfin, il précise quelles sont les constructions « saines », et de citer les immeubles d’Antonio Gaùdi, le Jugendstil de Vienne, le Palais du Facteur Cheval et les tours de Watts à Los Angeles.

La ville de Vienne a commandé à l’artiste la réalisation d’un immeuble à caractère de logements sociaux dans la Löwengasse (1983 / 1985). Il se caractérise par l’absence d’alignement des fenêtres qui présentent des formes et des tailles différentes, des façades aux surfaces non lisses, soulignées de protubérances diverses, balcons, loggias, escaliers saillants, avec des bariolages colorés de peintures bleues, rouges, jaunes, blanches, mais aussi des céramiques. Il joue de l’opposition entre matériaux différents : béton, briques, pierre, métal, verre fumé, mais aussi de formes stylistiques diversifiées : deux clochers à bulbe, l’un doré, l’autre en cuivre, des colonnades, le tout noyé dans une végétation omniprésente à tous les étages de l’immeuble avec des arbres et arbustes plantés sur les terrasses.

La centrale d’incinération des ordures de Spittelau (1988 / 1992) est, elle aussi, traitée avec des couleurs vives et agrémentée de jardins en terrasses. Elle est surmontée d’une cheminée d’évacuation des fumées en forme de minaret, de métal bleuté et coupée d’un bulbe d’émail doré. Elle est agrémentée de colonnes bleues, couronnées de boules dorées. Le tout est très rafraîchissant dans cet endroit assez sinistre qui est constitué d’un énorme carrefour de voies autoroutières.


[1] Jeu de mot intraduisible signifiant « Se détacher, se libérer, se débarrasser de Loos »

Liste des promenades dans Vienne

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