Le musée Freud - Vienne 1900 entre conformisme et innovation

 

Autriche Vienne Bureau Freud

Mais il y a une autre « institution » viennoise, après toutes celles consacrées à l’architecture, la peinture, l’alimentation et la mort : le cabinet et l’appartement de Sigmund Freud.

Freud vécut quarante-sept ans dans son appartement du 19 Bergasse, de 1891 à 1938 ! Le moins que l’on puisse penser c’est que l’inventeur de la psychanalyse n’aimait guère déménager. En 1907, il occupa également l'appartement du premier étage laissé disponible par sa sœur, en face de l'appartement familial, pour y installer le cabinet où il recevait ses patients.

Le cabinet, salle d’attente et bureau, est aujourd’hui un musée conservant l’ensemble du mobilier d'origine, ainsi que la riche collection d'antiquités que s’était constitué Freud. Il y est présenté également des autographes et les premières éditions de ses œuvres. Une boutique, une librairie et une salle de conférence et d'exposition ont été installés dans l'appartement familial.

 « Est-ce par indolence, lâcheté ou insuffisance de vision que tous se bornent à dessiner la zone supérieure et lumineuse de la vie, où les sens jouent ouvertement et légitimement, tandis que, en bas, dans les caveaux, dans les cavernes profondes et dans les cloaques du cœur s’agitent, en jetant des lueurs phosphorescentes, les bêtes dangereuses et véritables de la passion, s’accouplant et se déchirant dans l’ombre, sous toutes les formes de l’emmêlement le plus fantastique ? »[1].

C’est assez tardivement que les Viennois ont accepté que Sigismund Schlomo Freud (1856 / 1939) entre dans le panthéon de leurs grands hommes. Freud est parti de son domicile en 1938, chassé par les nazis, son appartement et son cabinet n’ont été transformés en musée qu’en 1971 !

Freud est un grand scientifique international mais il n’est certainement pas indifférent qu’il soit viennois. Force est de constater combien l’œuvre de Freud s’inscrit dans une époque et une culture bien particulières. Les romans d’Arthur Schnitzler ( « Mademoiselle Else » 1924), de Robert Musil (« Le désarroi de l’élève Törless » 1906) ou de Stephan Zweig (« La confusion des sentiments » 1927), les peintures de Gustav Klimt (« Le baiser » 1908) ou d’Egon Schiele (« autoportraits » 1910 / 1912), par exemples, soulignent combien la sexualité travaillait en profondeur la vie sociale de la Vienne des années 1900, mais aussi combien elle était refoulée par le régime des Habsbourg, engoncé dans ses certitudes, sclérosé dans une morale pudibonde, dans un empire qui se désagrégeait. Plus que toute autre capitale européenne Vienne était, en 1900, un lieu de contradictions entre progrès et décadence, bien vivre et décrépitude, sexualité et répression, inventivité et conformisme.

Dans cette ambiance de fin de règne, toutes les audaces se manifestaient pour rechercher des solutions nouvelles, même si elles étaient combattues par le conformisme social et intellectuel. Freud s’inscrit dans ce vaste mouvement de remise en cause[2].

Mais il ne suffisait certainement pas d’une situation marquée par la déliquescence de la société austro-hongroise et le ferment intellectuel et culturel de la Vienne 1900 pour construire les concepts et démarches de la psychanalyse. La philosophie et la pensée allemandes y ont également, me semble-t-il, joué un rôle par leur vision dialectique du monde[3], une vision dans laquelle les contradictions existent complémentairement, engendrant des dynamiques… une vision assez différente de la pensée française qui m’apparait prendre difficilement en cause les contradictions, sinon en termes de positif et négatif, avec des dynamiques qui sont plus mécanistes que dialectiques.


[1] Stefan Zweig. « La confusion des sentiments » 1927.

[2] Christian Loubet. « Vienne 1900 – Une effervescence morbide ». sd.

[3] N’étant ni philosophe, ni psychanalyste, mais agronome, je ne m’aventurerai pas davantage dans un sujet semble-t-il sensible et qui a déjà fait couler beaucoup d’encre sur « psychanalyse et dialectique ». J’entends seulement par « dialectique » une affirmation sur l’existence de la contradiction dans les choses laquelle crée le mouvement.