Un palais propriété des Médicis - Où habita une future Reine de France

 

Rome San Eustachio Palais Madama

Pas question d’être à deux pas de la Piazza Navona sans aller y flâner surtout depuis que la municipalité de Rome a conduit une guerre sans merci aux automobilistes qui l’utilisaient comme parking. Mais, la nature ayant horreur du vide, la place est toujours régulièrement envahie par d’autres activités. Je ne parle pas des touristes bien sûr qui y sont quasi continuellement présents. Mais dans les deux mois de novembre et décembre, mondialisation oblige, c’est le marché de Noël qui s'est emparé de la place.

Aujourd’hui, ce sont les échafaudages qui l’ont envahie ! Pour une fois Le Bernin et Borromini n’auront pas à se disputer, ils sont logés à la même enseigne : la fontaine des fleuves et la façade de Sainte-Agnès sont toutes deux entourées de tubes et de bâches !

Comme l’heure est encore matinale, les touristes ne sont pas encore trop nombreux, ou peut-être ont-ils fui à cause des échafaudages ? Allez, juste un petit tour de la place, rien que pour le plaisir, avant de sortir côté Est vers le Palais Madame, siège du Sénat.

Au premier coup d’œil, le Palais Madame semble être un palais baroque par la richesse de son ornementation : corniche à consoles, frise décorée de putti, frontons courbes ou triangulaires selon les étages, encadrements des fenêtres en forme de cariatides… Et pourtant le premier noyau du palais date de la fin du XVe / début XVIe siècle ! La comparaison avec le Palais de la Chancellerie (1483 / 1511) souligne qu’il y a là quelque chose d’incongru.

L'évêque de Fermés, Sinulfo de Castell'Ottieri, trésorier du pape Sixte IV, acquit un terrain en bordure de la « place Lombarde » (l’ancien nom de la piazza Madama) pour se construire un petit palais. L'édifice fut achevé en 1505 par le cardinal Jean de Médicis, fils de Laurent de Médicis et futur pape sous le nom de Léon X (1513 / 1521). Celui-ci fit modifier le bâtiment une première fois par Giuliano da Sangallo. A la mort de Léon X, le Palazzo Madama est devenu propriété de son cousin, Jules de Médicis, lequel devint ensuite pape sous le nom de Clément VII (1523 / 1534). Etre pape était alors une affaire de famille.

Catherine de Médicis (1519 / 1589), fille de Laurent II de Médicis et future reine de France, épouse d’Henri II, séjourna dans le palais de 1530 à 1532.

« La Duchesse est dans sa treizième année; elle est très-vive, montre un caractère affable et des manières distinguées. Elle a reçu son éducation auprès des nonnes de Florence de l'ordre des Murate, femmes d'une réputation excellente et d'une sainte vie. Elle est petite de stature et maigre ; ses traits ne sont pas fins, et elle a les yeux saillants, comme la plupart des Médicis »[1].

A la mort de Clément VII, c’est Alexandre de Médicis qui en hérita puis, après son assassinat par son cousin Lorenzino de Médicis[2] en 1537 (les assassinats étaient aussi des affaires de famille !), sa femme Marguerite de Parme (1522 / 1586), fille naturelle de Charles Quint. Marguerite de Parme, connue aussi sous le nom de Marguerite d’Autriche, était un beau parti que le pape Paul III Farnèse (1534 / 1549) ne voulait pas voir s’échapper… et il la maria à son petit-fils Octave Farnèse ! Elle se retrouva au nœud d’intrigues complexes pour l’indépendance de son petit Etat de Parme et Plaisance, un coup contre le pape, grand-père de son mari, et un autre contre Charles Quint, son père !

Elle aimait se faire appeler « Madama » et c'est pour cette raison que le palais romain des Médicis s'appelle Palais Madama. Le palais est resté aux Médicis et aux grands-ducs de Toscane jusqu'au XVIIIe siècle. Au XVIIe siècle une façade baroque, conçue par Paul Marucelli, a été érigée en 1642.

Le Caravage habita une petite chambre dans les étages supérieurs quand, en 1595, il rentra au service du cardinal Francesco Maria Del Monte, fervent défenseur du parti français au sein de la papauté, qui y habitait. Del Monte défendra son protégé pour lui faire obtenir la commande de la décoration d’une chapelle de l’église Saint-Louis-des-Français avec l’histoire de Saint-Mathieu.


[1] Antonio Soriano. Cité par A. De Reumont. « La jeunesse de Catherine de Médicis ». 1866.

[2] Généralement plus connu sous le nom de Lorenzaccio. Voir le drame qu’en tira Alfred de Musset (1834).

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