La conversion de Matthieu et son martyre

 

Rome Sant'Eustachio Saint Louis des Français vocation de Saint Matthieu

 « En passant, Jésus vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau de la douane, et lui dit « suis-moi ». Et, se levant, il Le suivit ».

La scène se passe dans une salle d’auberge ou un bureau de douane. A gauche, assis autour d’une table, un groupe d’hommes, habillés selon les canons de l’époque du Caravage, compte des monnaies. A droite, debout, le Christ et Saint-Pierre habillés tels qu’ils pouvaient l’être à l’époque romaine. Le Christ tend le bras vers Matthieu et le désigne. Le geste de la main est semblable à celui de Dieu qui éveille Adam à la conscience et l’anime, à la voûte de la Chapelle Sixtine, sous le pinceau de Michel Ange : doigts semi repliés sauf l’index légèrement courbé mais non tendu.

« C’est cette main tendue qui franchit « le vide » qui sépare les deux groupes de personnages, séparation entre l’humain et le divin, le péché et la grâce… Avec ce geste, le Christ a engagé un dialogue auquel participent Pierre et Matthieu »[1].

Effectivement, Pierre, de dos, reproduit le mouvement de la main du Christ. Matthieu également, comme surpris que cet étranger le désigne du doigt, hésitant à comprendre que c’est lui ou son voisin qui est ainsi appelé. Mais son geste est plus précis, les doigts fermés et l’index tendu. Les autres personnages du groupe semblent peu concernés, deux jeunes hommes se tournent certes vers le Christ mais sans participer à l’action, quand aux deux personnages les plus à gauche, ils continuent à compter l’argent, tête baissée. La lumière provient de la droite, mais passe curieusement au dessus de la tête du Christ, comme si la lumière venait de plus haut encore.

Comme nombre des autres tableaux à thème religieux du Caravage, celui-ci fut très mal reçu par les autorités ecclésiastiques de l’époque… Le Caravage ayant eu l’audace de rappeler que Matthieu, alors Lévi, était un changeur d’argent et un percepteur de la gabelle !

Le tableau de droite, le martyre de Saint-Matthieu, apparaît plus complexe. La scène est violente : un soldat envoyé par le roi d’Ethiopie, pénètre dans l’église où Matthieu dit la messe et le tue. Saint-Matthieu est au bas et au centre du tableau, couché, il ouvre les bras comme s’il attendait sereinement la mort du soldat qui le domine et va le transpercer de son épée. Son attitude est très semblable à celle du Saint-Paul de l’église Santa Maria del Popolo : bras ouverts, il accepte le sort qui lui est réservé. L’intérêt du tableau réside dans l’attitude des différents personnages qui assistent avec effroi à la scène et qui, par leurs gestes, structurent le tableau en spirale.

Au centre de la chapelle, pour le retable du maître autel, Le Caravage montre Matthieu écrivant son évangile sous la conduite d’un ange. Son premier tableau, disparu en 1945 à Berlin, représentait un vieil homme, assez frustre, de trois quart face, les jambes croisées, écrivant dans un grand livre, la main tenue par celle d’un bel ange, debout à ses côtés. Il fut refusé au motif « que la figure, assise, les jambes croisées, avec les pieds grossièrement exposés au public, n’avaient pas l’air d’un saint ni aucune dignité »[2]. Le nouveau tableau est plus conventionnel. Le bel ange est représenté descendant du ciel, il ne tient plus la main de Matthieu, mais semble plutôt l’inspirer bien que Matthieu apparaisse montrer quelque inquiétude de cette présence. C’est toujours un vieil homme, mais plus « présentable » cette fois. C’est que les tableaux du Caravage n’ont pas toujours été appréciés. Les autorités ecclésiastiques ont longtemps reproché au Caravage l’aspect populaire de ses saints ou de ses vierges et plusieurs de ses tableaux ont été refusés par leurs commanditaires lors de la réception de l’œuvre pour ce motif. C’est encore l’appréciation que porte Stendhal sur l’œuvre.

« Ce sont des paysans grossiers mais énergiques, que les personnages des deux tableaux de Michel-Ange de Caravage à la chapelle de Saint Mathieu »[3].


[1] Dépliant explicatif disponible dans l’église.

[2] Givoan Pietro Bellori. Cité par Gérard-Julien Salvy. « Le Caravage ». 2008.