Un renouveau du tourisme en Croatie – La Dalmatie romaine et l’empire romain d’occident

 

Croatie Split

Depuis la fin de la guerre serbo-croate de 1991-1995, les touristes étrangers reviennent progressivement sur la côte dalmate. En 2004, la Croatie a quasiment retrouvé les 9 millions de visiteurs qu’elle attirait au milieu des années 1980[1]. Les plus nombreux sont les Allemands et les Italiens (un million chacun), mais il y a aussi de nombreux touristes autrichiens, tchèques, slovènes, hongrois, car pour eux la côte dalmate est le littoral maritime le plus proche. Le retour des Français s’affirme toutefois d’année en année. Après un début timide, avec 33 000 touristes en 1999, le nombre de Français n'a cessé de croître à un rythme annuel moyen supérieur à 60 % si bien que le chiffre de 370 000 devait être atteint en 2004. La Croatie est devenue la destination touristique française ayant la plus forte progression.

Comparée à la France, première destination touristique mondiale avec plus de 80 millions de visiteurs, soit 1,4 hôte étranger par habitant, la Croatie accueille 9 millions de visiteurs pour 4,4 millions d’habitants, soit un peu plus de 2 hôtes étrangers par habitant !

Sur la côte dalmate les chambres à louer sont légion et les panneaux de location nombreux ; à Makarska, les loueurs viennent même proposer leurs services aux étrangers à l’entrée des villes. Dans un pays où le chômage touche près du tiers des actifs, beaucoup de Dalmates pratiquent ainsi une économie de survie complétant leurs maigres salaires, ou l’aide sociale, avec la location de quelques chambres durant les mois d’été. Au vu de la propreté et de la qualité de l’habitat, le tourisme assure des revenus non négligeables à la zone côtière. Selon les données officielles, les revenus du tourisme augmentent de 15 à 20 % par an depuis la fin de la guerre et représentent maintenant plus de 15% du PIB du pays[2].

La côte dalmate est d’une grande richesse artistique. Située en bordure d’une mer très tôt sillonnée par des navires marchands et composée de centaines d’îles offrant des refuges contre les tempêtes, elle a connu un développement urbain tout au long du rivage. Le meilleur exemple étant bien évidemment celui du palais que Dioclétien fit  construire à quelques kilomètres de la capitale de la province de la Dalmatie romaine, Salona. La vieille ville de Split est aujourd’hui toute entière comprise dans le vaste palais de l’empereur. La cathédrale s’est tout simplement installée, telle un Bernard L’Hermite, dans le temple de Jupiter ; il n’y eut que la peine de construire un magnifique clocher roman. La place principale de la cité s’est tout naturellement implantée dans le péristyle du palais de l’Empereur et, bien entendu, le mur d’enceinte du palais devint les fortifications de la ville.

Les Croates, arrivés au VIe siècle, bénéficièrent du legs romain notamment de l’alphabet latin et du catholicisme romain implanté dans cette région de la Méditerranée dès le IIIe siècle. En 395, à la mort de Théodose 1er, l’Empire romain est partagé en deux parties : l'Empire romain d’Occident qui disparaitra en 476 et l'Empire romain d'Orient qui durera jusqu'en 1453 sous l’appellation d’Empire byzantin. Cette division de l’Empire avait été mise en place, en 293, par l'empereur Dioclétien. Lui-même administrait les régions situées en Orient et son compagnon d'arme, Maximien, celles en Occident. Il s’agissait alors d’une division administrative et non politique. Mais avec les successeurs de Théodose, ce sont deux empires séparés qui se mettent en place. Cette rupture eut des conséquences historiques importantes : d’un côté l’alphabet utilisé fut l’alphabet latin, de l’autre l’alphabet grec ou cyrillique, puis avec la séparation entre les églises de Rome et de Byzance, d’un côté l’église catholique romaine, de l’autre l’église orthodoxe. La ligne de partage entre les deux empires était située à la frontière nord de l’actuelle Serbie. Elle perdure donc aujourd’hui avec d’un côté des Slaves du Sud (yougoslaves) catholiques utilisant l’alphabet latin, les Croates, de l’autres des Slaves du Sud, orthodoxes, utilisant l’alphabet grec, les Serbes.