Les inventeurs de la cravate et les plus grandes cravates du monde - En échange, l’exportation du code Napoléon

 

Croatie cravate

Les Croates ne manquent jamais de rappeler à leurs hôtes français que le mot « cravate » est une déformation du mot croate « Hrvat », qui a donné « krvat », puis cravate. Sous Louis XV, des cavaliers croates, venus renforcer la cavalerie française dans un régiment portant le nom de « Royal-Croate », ont introduit l’usage de cet étrange bout de tissus noué autour du cou. Cette mode vestimentaire, « à la croate », a fini par dénommer l’objet.

En 2003, une cravate de 808 mètres de long sur 25 mètres de large, avec 8 250 m² de tissu et 120 kilomètres de fil, pesant 450 kg, a été nouée autour d’un cou à toutes épreuves : les arènes romaines de Pula. 300 heures de travail furent nécessaires dont onze heures rien que pour mettre la cravate et faire le nœud !

« Une cravate bien nouée est le premier pas sérieux dans la vie »[1] !

Depuis la Croatie a fait mieux en réalisant la plus longue cravate du monde : un ruban rouge de 4 000 km de long, noué autour de ses frontières. C’est plus nationaliste et moins humoristique !

En échange de l’importation de cette mode, jugée parfois bien pénible à supporter par certains, les Français ont introduit le code Napoléon, parfois tout aussi contraignant d’ailleurs, mais dans d’autres domaines ! Il a été appliqué en 1806 dans les « provinces Illyriennes », sous administration française, et exerça une influence déterminante sur l'évolution du droit civil croate.

« Je voulais introduire en Illyrie nos principes de gouvernement et notre administration européenne (....) L'un de mes plus beaux souhaits était d'unir les peuples qui forment une entité géographique et que le temps et la politique ont séparé »[2].

En effet, par la paix de Presbourg de décembre 1805, l’Autriche cédait la Dalmatie à la France et, en juillet 1806, le général Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont devient gouverneur général de Dalmatie. Il agrandit ce duché en y adjoignant Raguse (l’actuelle Dubrovnik) qu’il prend aux Russes en 1807. L'offensive est semble-t-il très dure : « Je donnai l'ordre de brûler plusieurs villages et tous les faubourgs de Castelnuovo (Herceg Novi) : c'était punir la rébellion dans son foyer même ». L’opinion des Français à l’égard des Croates de Dalmatie est alors contrastée, si Marmont méprise les paysans locaux, « à peine des êtres humains », l'empereur n’avait pas une meilleure impression : « ...les Croates sont voleurs ; il ne faut donc pas s'étonner de toutes les voleries qu'ils peuvent avoir faites à nos troupes »[3]. A contrario l'aide de camp de Marmont, Charles Nicolas Fabvier, en fait un portrait qui dénote une certaine admiration : « Ils ne font jamais un pas sans un fusil, deux pistolets, un sabre, un poignard et surtout un stylet dont ils se servent très adroitement »[4].

En 1810, les nouvelles conquêtes françaises (Carniole, Carinthie, Istrie, Croatie, Dalmatie, Raguse et une province militaire frontalière) sont réunies en un seul ensemble à qui on donne le nom de « Provinces Illyriennes » et dont Marmont, nouveau Maréchal et duc de Raguse, devient le gouverneur.

Mais les Français ont également laissé des routes ! A partir de 1806, le blocus continental va exiger de l’Empire le contrôle, voire l’annexion, de nombreux territoires pour permettre le commerce des produits indispensables aux guerres napoléoniennes. Du fait de la paralysie croissante des liaisons maritimes, les communications par voie continentale prirent de l’importance. C'est notamment à cette époque que fut construite la nouvelle route longeant la rive gauche du Rhin, les routes transalpines du Mont-Cenis, du Simplon, du Mont-Genèvre et, que le long de la Méditerranée fut tracée la route de corniche reliant la France à l'Italie. Mais qu’allaient donc faire les ingénieurs français des ponts et chaussées en Illyrie ?


[1] Oscar Wilde.

[2] Napoléon Bonaparte. « Mémorial de Sainte Hélène ». 1825 / 1821. Cité par Christophe Dolbeau.

[3] Napoléon Bonaparte. « Lettre à Eugène, le 7 août 1806 ». Cité par Christophe Dolbeau.