La poche de Medak – Kistanje

 

Croatie Route entre Obrovac et Kistanje 2

« La Lika ? Rares sont les étrangers qui la connaissent. C’est une région qui s’étend entre la Bosnie et la Dalmatie, traversée aujourd’hui par la ligne ferroviaire Zagreb-Split. La côte adriatique, bien que très proche, n’est pas facile à atteindre, les routes qui descendent du plateau de la Lika vers la mer sont rares et en mauvais état. Les versants des montagnes qui donnent sur l’Adriatique sont nus, blancs, délavés par les pluies et le vent. En revanche, la partie orientale du plateau est boisée c’est déjà la Bosnie »[1].

Le bled perdu de Medak a aujourd’hui les honneurs du tribunal pénal international et il suffit de rechercher sur internet pour avoir toutes les informations sur les crimes de guerre commis dans la poche de Medak. Celle-ci s’étendait sur environ quatre à cinq kilomètres de large et cinq à six kilomètres de long, et elle englobait plusieurs localités et hameaux. Elle faisait partie de la « République Serbe de la Krajina ». C’est une zone rurale couverte de bois et de champs, assez pauvre, traversée aujourd’hui par la nouvelle autoroute Zagreb / Split.

Environ 400 Serbes habitaient cette zone avant l’offensive de l’armée croate. Les troupes croates sont impliquées dans l’assassinat de 38 civils et de soldats serbes en captivité ou blessés lorsqu’elles se sont retirées de cette zone pour laisser la place à la FORPRONU. Les villages serbes de la poche de Medak ont, pour la plupart, été détruits. Cette zone a également donné lieu à de durs affrontements entre Croates et les troupes canadiennes de la FORPRONU, les premiers ne respectant pas les lignes internationales de cessez le feu.

« Comparé à Medak, Kistanje est une véritable petite ville, centre communal situé à mi chemin entre Knin et Sibenik. Elle possède une rue principale, un tribunal, une przun (prison), deux églises – une grande, orthodoxe, et une petite, catholique -, un grand édifice appartenant au monastère de orthodoxe (le monastère est en bas, dans le canyon de la rivière Krka), une maison du garde routier, un préposé de poste, quelques boutiques, des cafés, un médecin et un notaire »[2].

Aujourd’hui, Kistanje possède toujours une rue principale, mais de très nombreuses maisons qui la bordent sont encore détruites, portant toujours les mêmes traces de destruction volontaire. Il y a même un café avec une petite terrasse à l’ombre de parasols et une salle richement dotée en appareils électroniques et écrans de télévision. La ville, abandonnée par les Serbes, a été repeuplée en partie, en 1999, par 293 Croates de Letnica, un village du Kosovo où ils vivaient depuis sept cents ans. Dans leur fuite, ceux-ci n’avaient emporté avec eux que quelques articles de première nécessité et les plus nantis toutes leurs économies, mais aussi l’image de Notre-Dame-de-Letnica !

Un émissaire du Conseil de l’Europe fait état du pillage systématique des biens serbes par les Croates de souche du Kosovo réinstallés dans la ville.

« Nous avons remarqué sur notre route des drapeaux croates sur plusieurs maisons. Selon l'explication qui nous a été donnée, ces drapeaux signalent aux Croates des maisons connues pour avoir été propriété serbe mais qui sont désormais habitées par des Croates : « Croates, n'entrez pas! Ne pillez pas ! ». Cet avertissement est nécessaire, car il semble que les pillages se poursuivent sporadiquement. En fait, à plusieurs reprises, nous avons vu sur la route des personnes sortant de nulle part, loin de toute agglomération, poussant des carrioles chargées d'équipements ménagers. Dans le cas d'une maison, le pillage semble avoir été fièrement «signé» en lettres latines par une unité militaire, dont le numéro avait été peint sur le mur »[3].


[1] Bosko Budisavljevic. « Une famille serbo-croate ». Autrement. « Le retour des Balkans 1992-2001 ». 2002.

[2] Idem.

[3] Conseil de l’Europe. « Destruction par la guerre du patrimoine culturel de Croatie et de Bosnie-Herzégovine ». Neuvième rapport d'information. Doc. 7464. 19 janvier 1996.

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