Un oasis de loisirs dans une zone dévastée - Une crainte de revenir pour les Serbes

 

Croatie Parc national Krka

Au milieu de cette zone de désolation, il existe un oasis de détente et de loisir, le parc de la Krka.

La Krka est une rivière qui coule de la montagne de Dinara et se jette dans la mer prés de la ville de Šibenik. Dans le plateau karstique de la Boukovica, elle a creusé un profond défilé, entrecoupé de barrières de travertin, formant ainsi une succession de cascades le long desquelles étaient situés autrefois des moulins à eau. Parfois, la rivière s’élargit et forme un lac. Entre Skradinski Buk et Roški Slap se trouve le lac Visovac avec une petite île sur laquelle est situé un monastère franciscain et une petite église.

Après Skradinski Buk, la rivière forme un estuaire où l'eau de la rivière se mélange avec l'eau de la mer dans un très long « fjord », le plus long de l’Adriatique. Au fond du fjord est situé un charmant petit village, Skradin, blotti dans une anse, et doté d’un petit port de plaisance agréable. La rivière passe alors dans une gorge étroite, enserrée entre deux hautes falaises calcaires, avant de s’évaser à nouveau et de déboucher dans un immense lac marin, le lac Prokljansko. Après de nouveaux méandres la rivière, bordée de parcs à huîtres, se jette dans la mer.

De Skradin, des vedettes permettent aux touristes, essentiellement croates, de pénétrer dans le Parc National de Krka. Des chemins aménagés avec escaliers et ponts de bois permettent de remonter le cours de la rivière et de serpenter entre de grands arbres centenaires qui poussent au milieu d’un fouillis d’eau et de cascades. Dans la chaleur de l’été, l’ombre fraîche et humide est un vrai plaisir. Il est possible de compléter la visite par une baignade au pied de la plus grande des cascades. Le contraste entre les villages détruits, les maisons pillées, les champs abandonnés et l’activité ludique et de loisir apparaît surréaliste, mais il n’y a pas de raison pour que la vie ne continue pas…

Entre 200 à 300 000 Serbes de Croatie ont quitté le pays pendant la guerre. La plupart d’entre eux sont restés dans les pays voisins, Serbie, Monténégro et république Srka de la fédération de Bosnie-Herzégovine. Très peu de retours se sont effectués bien que les autorités croates se soient engagées à restituer aux Serbes de Croatie leurs biens immobiliers illégalement occupés. Ces retours semblent rares par suite de nombreuses difficultés évoquées : la loi a fixé des délais précis et courts pour faire valoir ses droits, les procédures de réappropriation n’avancent que très lentement auprès des commissions établies par les municipalités chargées de la curatelle des biens abandonnés, les procédures d'éviction des occupants temporaires d'une habitation serbe ne peuvent être mises en œuvre tant qu'un logement de remplacement ne leur a pas été trouvé, enfin la pratique semble-t-il très répandue de revendre à des réfugiés croates de souche des biens appartenant à des Serbes de Croatie… A cela s’ajouterait le fait que le ministère de la Justice croate a dressé, dès 1996, une liste non exhaustive de Serbes accusés ou condamnés pour crimes de guerre, malgré leur absence. En conséquence, faute de savoir s’ils sont suspectés ou non et s’ils risquent d’être arrêtés, nombre de jeunes Serbes de Croatie refusent de revenir.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le Commissariat aux réfugiés confirme que la plupart des rapatriés sont des personnes âgées. Si les Croates d’origine Serbe qui reviennent y vivre bénéficieraient de crédits dans les secteurs de l’agriculture et des petites entreprises, et d’aides financières quotidiennes et mensuelles, cela n’apparaît par suffisant face aux très nombreuses difficultés rencontrées pour récupérer leurs biens, lesquels ont généralement été pillés et détruits, sans parler des difficultés de relation avec la population croate. Le retour des Serbes est d’autant plus improbable que la région est basée sur une économie agricole, sur des sols souvent pauvres, voire très pauvres, éloignée des centres de consommation même si le nouvel Etat a fait un effort remarquable d’investissement dans le réseau routier avec la construction d’une autoroute et de routes. Les voies de chemin de fer ont également été rétablies. Ces investissements avaient certainement pour objectif de desservir la région côtière, touristique, mais aussi de permettre aux armées d’atteindre facilement les zones frontalières et ces anciennes régions dissidentes.

Cette crainte nous l’avons ressentie aussi à Zadar où nous visitions l’église Sainte Elie de culte orthodoxe. Le pope était en discussion avec une de ses paroissiennes, laquelle, dans un français parfait, n’a pas manqué de nous faire savoir qu’ils n’étaient plus très nombreux. De 25 000, le nombre de personnes de religion orthodoxe dans la région de Zadar serait tombé à 3 ou 4 000.

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