Ante Gotovina, un criminel de guerre ? – La Croatie dans le concert des Nations

 

Croatie Ante_Gotovina

Au cours de nos déplacements, nous ne manquons pas de remarquer, en bordure de routes, des panneaux sur lesquels sont affichées des photographies d’un fringant militaire dans un uniforme impeccable, accompagnées d’une adresse Internet. Si ce n’était la présence systématique d’un drapeau croate à côté de ces panneaux, cela aurait pu être une affiche de cinéma à la gloire de la dernière production d’Hollywood. Mais il ne s’agit pas du tout de cela mais bien d’une affiche à la gloire d’une personne suspectée d’être un criminel de guerre : Ante Gotovina.

Ante Gotovina est un légionnaire du 2ème Régiment étranger de parachutistes. Il « saute sur Kolwezi » au Zaïre en 1978, il travaille ensuite  dans plusieurs officines de sécurité, notamment la compagnie « KO International », filiale de « VHP Security » laquelle aurait servi de paravent au Service d’Action Civique de sinistre mémoire. « KO International » assurait aussi à cette époque la sécurité de Jean-Marie Le Pen. En 1981, il monte un commando pour libérer l’imprimerie de l’éditeur Jean-Pierre Mouchard, un ami de Jean-Marie Le Pen, à la Seyne sur Mer alors occupée par des grévistes de la CGT. Il séjourne ensuite en Amérique Latine, où il assure des formations paramilitaires, notamment en Argentine et au Guatemala. Il cambriole un riche fabriquant de coffre-forts, se livre à des extorsions de fonds avec violence et contrainte, et se rend également coupable d’une prise d’otage. Recherché par la justice française, il rejoint la Croatie pour participer à la guerre contre les Serbes qu’il termine comme général.

Il est inculpé par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, commis contre la population serbe de Croatie pendant et après l’opération « Tempête ». Il est notamment accusé du meurtre d’au moins 150 Serbes de Krajina. À ce jour, les autorités croates n’ont toujours pas arrêté et transféré devant le Tribunal Ante Gotovina qui est en fuite depuis 2001. En conséquence, le Conseil des ministres de l'Union européenne du 16 mars 2005, a décidé de reporter l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Croatie, lesquelles devaient pourtant commencer le lendemain. Certes, il n’est pas sûr qu’Ante Gotovina soit toujours en Croatie, il se dit même que les services français auraient aidé à « l’exfiltrer » vers un autre pays, l’Amérique du Sud peut-être qu’Ante Gotovina connaît bien ? Mais il peut très bien aussi être protégé par des réseaux de militaires croates, voire une partie de la population qui semble lui vouer une grande admiration.

Les procès engagés en Croatie contre des criminels de guerre se terminent d’ailleurs parfois par l’acquittement pur et simple des accusés. Ainsi, à l’issue du procès des crimes commis dans la prison militaire de Lora, près de Split, le tribunal a libéré les policiers qui étaient accusés de torture et de meurtres. Le tribunal n’a pas pris en compte les excuses des témoins qui ne sont pas venus à Split parce qu’ils étaient menacés et ne se sentaient pas en sécurité. Plus de 100 000 personnes avaient manifesté dans les rues de Split en faveur des accusés et, dans la salle du tribunal, les anciens combattants croates étaient très présents et bruyants. Pour finir, le juge a pris sa décision sans même avoir interrogé les victimes ! Quand nous avons évoqué la guerre avec notre logeur ou un jeune couple rencontré lors d’une randonnée, ils n’avaient manifestement pas envie d’en parler. « La guerre, gross malheur ! ». Fermez le ban.

Où en est-on aujourd’hui ? La procureure du tribunal pénal international, Carla del Ponte a d’abord accusé le gouvernement et la justice croates de ne pas participer pleinement à la recherche des criminels de guerre, puis le Vatican de protéger Ante Gotovina qui serait accueilli par un réseau croate de monastères franciscains. Le ministre croate de l’intérieur a même confirmé cette information… avant de se rétracter. Finalement, le 3 octobre, suite à un rapport favorable de la procureure, reconnaissant que la Croatie participait activement à la traque des criminels de guerre, les négociations d’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne étaient ouvertes, en même temps que celles de la Turquie. Hasard du calendrier, sans doute[1].


[1] Le 3 août 2010, une peine de 27 ans de prison a été requise contre l'ancien général croate Ante Gotovina, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie. Le 15 avril 2011, il est condamné à 24 années de prison ferme par le TPI avant d'être acquitté en appel le 16 novembre 2012 faute de preuve d’avoir sciemment visé des civils.

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