Difficile de dénicher Sainte-Marie-de-Jérusalem - Et pourtant quel plaisir pour les yeux et l'esprit

 

Croatie Jagorje Trški Vrh

« A Trški Vrh vous trouverez la plus belle église baroque de Croatie »

Encore faut-il la trouver justement, car elle n’est généralement pas signalée dans les dépliants touristiques, voire les livres d’art, même s’ils en présentent des photographies ! Si le guide Gallimard consacre une double page à son architecture et ses fresques, le guide du Routard n’en dit rien. Internet l’ignore assez superbement, avec une seule référence… celle qui constitue la première ligne de ce paragraphe !

Sainte-Marie-de-Jérusalem à Trški Vrh étant située sur une colline de la ville de Krapina, on pouvait espérer avoir des informations par ce biais. Nenni ! La petite ville de Krapina est très connue certes, mais pour les rites d'anthropophagie rituelle qui s’y sont déroulés dans les peuplades primitives vers 60 000 avant JC !

Mais il ne suffit pas de repérer l’église à son bulbe octogonal, encore faut-il pouvoir y pénétrer ! En effet l’église est entourée d’un mur, de forme carrée, à pans coupés, agrémenté de tours coiffées elles aussi de bulbes, lui donnant un petit air de forteresse. Plusieurs églises de pèlerinage du Zagorje croate (région Nord) présentent cette particularité d’être entourées d’un mur d’enceinte alors même que celui-ci n’avait plus aucun rôle défensif. Ensemble architectural qui, paradoxalement, n’est pas sans rappeler la structure des monastères russes.

A défaut de pouvoir pénétrer dans l’église nous faisons le tour de la muraille attirant ainsi l’attention d’une vieille femme en fichu laquelle nous interpelle sans que nous comprenions, bien sûr, de quoi il s’agit. Il lui suffit de tirer des poches de sa blouse une paire de clefs monumentales pour que nous comprenions enfin qu’elle nous propose de pénétrer dans l’église. Nul guichet, nul billet d’entrée, mais une porte séculaire à la serrure impressionnante, porte que la vieille femme referme derrière nous avec soin.

A l’intérieur, un préau court le long du mur d’enceinte, avec des arcades sous lesquelles les pèlerins se rassemblaient lors des grandes fêtes. Les voûtes et les murs en sont décorés de scènes naïves de la vie rurale au début du XIXe siècle et de scènes de miracles, guérisons, sauvetages, accidents…

L’église, construite de 1750 à 1761 par Josip Javornik, est de structure complexe, composée de trois éléments architecturaux complémentaires. Un clocher porche, avec un fronton entouré de décrochements convexes surmontés de volutes, et coiffé d’un bulbe octogonal chapeauté d’un lanternon lui-même couronné d’un nouveau bulbe !

La seconde partie, la nef, carrée, aux coins arrondis, est fermée par un plafond en coupole, offrant un vaste espace pour accueillir les pèlerins. Elle s’ouvre par un arc surbaissé sur la troisième partie, le chœur, rectangulaire, au plafond en coupole et fermé par une abside semi circulaire.

Cette architecture mouvementée, toute en courbes, est agrémentée de fausses corniches à ressaut aux formes irrégulières, de cartouches à volutes, de trompes, d’arcs, de conques en trompe l’œil, de draperies fictives et de peintures allégoriques et symboliques de Anton Lerchinger : scènes du nouveau testament, scènes de la vie de Jésus, représentations des Saints… Pas un centimètre carré qui soit sans décoration. Anton Lerchinger a décoré de nombreuses églises dans la région, en Slovénie à Olimje et Kamnica, mais aussi en Croatie à Saint-Jean-Baptiste de Zagreb.

Pendant que nous visitons tout à loisir le monument, la vieille femme balaye le porche, l’entrée de la nef, tout en ayant un œil, néanmoins discret, sur nous.

Quel plaisir de pouvoir visiter tout à loisir un monument sans être bousculé, pressé, gêné. Mais, en contre partie, il est vrai qu’il manque singulièrement d’entretien et d’explications. Les peintures s’abîment avec l’humidité, se desquamant, l’éclairage ne permet pas de voir l’ensemble des scènes et de les identifier, et bien sûr, il n’y a pas l’ombre d’une explication… car c’est déjà miracle que de l’avoir visité cette église !

 

Montpellier, Paris, Rabat, septembre / décembre 2005.