Techniques d’abordage du touriste – Et stratégies pour les éviter

 

Maroc Marrakech Bab er Robb

Pour éviter que les touristes ne soient importunés par les quémandeurs divers, le Royaume a mis en place toute une série de mesures administratives : guides touristiques accrédités, placeurs de voitures agréés, présence de la police… Bien évidemment cela ne limite pas toute demande d’aide, un étranger étant toujours une source possible de revenus complémentaires et exceptionnels, mais ces différentes limitations à l’exercice de l’activité exigent des stratégies de plus en plus complexes de la part des solliciteurs.

La technique la plus fréquente pour introduire une proposition de vente, de service, ou tout simplement une demande d’argent, consiste à marcher à côté de vous, en parallèle, derrière ou même, plus fort, devant vous. Pendant ce temps, « ils » vous jugent, vous habituent à leur présence et essaient de connaître votre nationalité.

Au bout d’un court moment, 2 à 3 minutes, c’est l’apostrophe, rarement originale, du genre « Bonjour la France… », manière de créer une complicité. Si vous répondez (ce que vos règles sociales vous incitent généralement à faire, à moins d’être un goujat), votre interlocuteur vous interroge sur votre région d’origine dans laquelle il a nécessairement un cousin, un oncle ou un parent. C’est alors qu’il vous propose de vous faire visiter la ville, ce que vous souhaitez décliner car vous désirez visiter la ville à votre rythme, selon vos centres d’intérêt, et avez justement acquis récemment un ouvrage touristique dont vous suivez scrupuleusement les indications de visite.

Attention ! Il ne faut pas alors froisser les susceptibilités de votre interlocuteur, car vos solliciteurs sont toujours de « vrais » guides, accrédités par les autorités nationales. Ils vous montrent d’ailleurs derechef une carte officielle. C’est uniquement pour vous rendre service qu’ils vous proposent de vous accompagner car l’hospitalité marocaine est proverbiale ; par chance, ils sont justement libres. En quelque sorte vous êtes leur débiteur. Il convient donc de trouver une excuse commode et imparable : un parcours différent, une promenade solitaire ou en amoureux, un prochain rendez-vous, la recherche d’un café pour se reposer ou encore, l’inutilité d’un cicérone puisque vous en avez déjà un, le Guide Bleu, qui vous dit tout ce que vous vouliez savoir sur Rabat, Marrakech ou autres ![1]

Autre possibilité : éviter les solliciteurs avant l’abordage car ils se repèrent facilement à leur façon de changer de trajectoire lorsqu’ils vous ont aperçu, puis par leur cheminement côte à côte avec coups d’œils sur le côté ou même en arrière. Si vous ne voulez pas être importuné, changez de trottoir, arrêtez-vous, faites demi-tour brusquement. Ou, autre technique utilisable uniquement dans les lieux très fréquentés, collez-vous un moment auprès d’autres étrangers, encore plus « touristes »[2] que vous, afin que votre solliciteur juge cette nouvelle proie plus facile !

Vous pouvez aussi vous déguiser, par exemple mettre une tenue « couleur locale » avec un chèche de baroudeur, cela se fait. Mais outre que c’est absolument ridicule vous êtes encore plus facilement repérable. Ou mettre une tenue « de bureau » avec cravate pour éviter de faire « touriste » ? C’est quand même peu commode dans la chaleur du mois d’août et vous paraîtrez alors un peu décalé dans les souks de Marrakech ou les rues d’Essaouira. Allez, touriste je suis, touriste je reste !

Ces sollicitations sont généralement filles de la nécessité bien sûr, mais elles peuvent être aussi un jeu social dans un pays où le temps est apprécié différemment en regard de celui des pays occidentaux, et dans une société où la parole est d’une grande importance. Alors que, dans nos sociétés dites « occidentales », nous « existons » par la possession de biens matériels et les signes sociaux qu’ils représentent, une voiture, une maison, une piscine, ou plus simplement, des chaussures ou des vêtements de marque, dans les pays du Maghreb on existe aussi par le verbe, la manière de dire, la représentation de soi au travers la parole. En ce sens, accoster un étranger et échanger avec lui, c’est exister aux yeux du groupe, mais surtout peut-être, vis-à-vis de soi même, c’est acquérir une reconnaissance.


[1] La publicité pour le Guide Bleue est totalement bénévole et désintéressée !

[2] Un « touriste » se reconnaît généralement à son allure plus nonchalante, une tenue plus décontractée, une trajectoire plus capricieuse, l’exhibition d’appareils de prise de vue… 

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