Avantages du tourisme - Et revers de la médaille

 

Maroc Marrakech Palais de la Bahia 05

La rénovation des médinas ne peut plus se faire sans y intégrer la question du tourisme : les médinas sont désormais aussi un lieu d’imaginaire international, participant à « enchanter » le monde, dans lequel les touristes sont prêts à venir à la fois par dépaysement, mais aussi pour le chalandage et les loisirs.

Le tourisme représente 12% du PIB du Maroc, l’emploi direct de plus de 500 000 personnes et 5 milliards d’euros de recette. Plus de 10 millions d’étrangers s’étaient rendus au Maroc en 2014. Marrakech, à elle seule, attire chaque année plus d'un million et demi de visiteurs avec une durée moyenne de séjour de 4 jours, soit 20 000 étranger/jour, tandis que sa population est estimée à 950 000 habitants.

« La grande réussite de Marrakech, à l’opposé de Rabat, Fès et Meknès, est d’avoir su transformer cette offre touristique incluse dans des circuits (celui des villes impériales) en produit de séjour grâce à ses qualités urbaines et ses espaces de loisirs » [1].

Il est indéniable que le développement touristique de la ville participe à générer des emplois, à distribuer des revenus, à limiter le chômage, à promouvoir l’artisanat, comme à améliorer les infrastructures, aéroport, routes, complexes touristiques, créations d'espaces de loisirs, embellissement de la ville…

Mais évidemment la médaille à son revers et, en tout premier lieu, pour une partie des Marrakchis : hausse du coût de la vie, augmentation des prix de l’immobilier, accès difficile au logement et éloignement des lieux d’hébergement, précarité des conditions de vie, embouteillages, consommation d’eau et d’électricité aux limites des ressources, détérioration de l’environnement agricole (oliveraie et palmeraie)… Malgré son développement, on compte encore à Marrakech 35,6 % d’analphabètes, 8 % de pauvres et 16 % de la population en situation précaire.

Le développement touristique n’est pas sans conséquence pour le tourisme lui-même. La médina se modifie profondément pour essayer de capter la manne des achats des touristes plutôt que celle des habitants : les quartiers se dé-singularisent, se déspécialisent pour offrir le plus large spectre de produits aux touristes de passage dans leurs ruelles, les artisans que l’on voyait travailler et auprès desquels on pouvait faire des acquisitions, laissent la place aux boutiques et aux bazaristes, les productions artisanales s’adaptent aux goûts et aux attentes des touristes et deviennent plus conventionnelles, moins originales. L’embellissement de la ville, placettes, avenues, passe également par une orientalisassion des décors urbains participant finalement à sa dépersonnalisation.

« La ville est vendue comme un ensemble de lieux à consommer, une cité du loisir aux qualités parfois contradictoires : la tradition et le patrimoine se mêlent à la modernité, les divertissements typiques (achat dans les souks, hammam et animation de la place Jemâa el Fna) aux divertissements modernes (lounge, discothèque, spa), la détente et le repos à l’effervescence de la ville, de sa foule et de ses activités »,

Bref, d’un bout à l’autre de la médina de Marrakech on a désormais l’impression de toujours avancer dans la même ruelle, avec les mêmes étals, les mêmes produits, les mêmes services, tous à destination du touriste de passage. La médina se banalise, ne devient plus qu’un lieu de marchandisation de produits de décor d’intérieur ou de services standardisés. Si ce n’était la chaleur, l’étroitesse des voies et le risque permanent de se faire accrocher par une mobylette ou une charrette, on pourrait se croire dans un moderne supermarché ayant décidé de faire une semaine commerciale dans un décor exotique pour attirer le chaland. Il n’est pas sûr, qu’à ce jeu là, la demande touristique à Marrakech restera toujours aussi élevée à l’avenir. Le temps ne tardera pas où la jet-set, les médias, les magazines, les « peoples » vanteront d’autres lieux moins banalisés et plus « authentiques » !

Comment dès lors tenir compte de l’activité touristique, d’assurer sa pérénité, tout en conservant à la médina son caractère d’habitat et de lieu de production pour les populations locales ?


[1] Anne-Claire Kurzac-Souali. « Marrakech, insertion mondiale et dynamiques socio-spatiales locales ». Méditerranée. N°116. 2011.

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