Un tournant vers l'équité sociale ? - Et la démocratie ?

 

Maroc Ourika

Face à une situation économique et sociale difficile, le Roi a lancé, le 18 mai 2005, une initiative nationale pour « le développement humain ». Après l’indispensable ouverture :

« Louange à Dieu,
Paix et salut sur le Prophète,
Sa famille et Ses compagnons »,

le Roi fait un diagnostic sans concessions de la situation économique et sociale du. Maroc dans lequel « de larges franges de la population marocaine vivent dans des conditions difficiles et parfois dans une situation de pauvreté et de marginalisation, qui est incompatible avec les conditions d'une vie digne et décente ». En conséquence, il demande au gouvernement de s'attaquer au « déficit social dont pâtissent les quartiers urbains pauvres et les communes rurales les plus démunies », notamment par l'élargissement de l'accès aux équipements et services sociaux de base, la santé, l’éducation, mais aussi l’eau, l’électricité, l’assainissement, le réseau routier sans oublier les maisons de jeunes et… les mosquées !

Il demande au gouvernement tout à la fois d’écouter « les forces vives de la nation, en l'occurrence les partis politiques, les syndicats, les collectivités locales, les organisations de la société civile et le secteur privé, mais aussi les citoyens avisés… » et d’« adopter un plan d'action fondé sur les principes de bonne gouvernance, à savoir la responsabilité et la transparence, les règles de professionnalisme, la large participation des citoyens, l'intégration et la rationalisation des interventions des établissements et organismes publics, ainsi que le suivi et l'évaluation permanente des réalisations ».

Ce n’est pas peu dire que cette prise de position marque un tournant en matière d'équité sociale et de démocratie et bouleverse quelques habitudes dans un royaume qui jusque là était gouverné de façon très autocratique. Mais derrière cette bonne volonté et ces bonnes paroles, de quel pouvoir bénéficie le Roi ? De quels moyens ? Et ne devrait-il pas commencer le ménage au sein de la famille royale qui semble bénéficier de moyens importants et dont certains membres apparaissent s’être enrichis bien facilement ?

Mais, de fait, force est de constater que de la théorie à la pratique la distance est grande… En 2005, notre hôtel est situé en face de l’Assemblée Nationale et nous observons chaque soir, vers 17 heures, un rassemblement de jeunes manifestants qui chantent, tapent des mains, crient des slogans. Ils sont une centaine sur le terre-plein central de la principale avenue de Rabat à protester bruyamment. Mais ils sont bien aussi nombreux, sinon plus, sur les trottoirs environnants, avec toutefois plus de garçons que de filles, qui discutent par petits groupes et manifestent silencieusement par leur seule présence. Ce sont tous de jeunes diplômés au chômage qui réclament des emplois. En effet le taux de chômage chez les jeunes diplômés marocain serait de 28%. Au Maroc, les chances d’être sans emploi augmentent avec le niveau du diplôme ! En zone urbaine, le taux de chômage des personnes ayant un diplôme est presque trois fois supérieur à celui de demandeurs d’emploi qui n’ont aucun diplôme (10% dans le second cas).

Cela fait maintenant plusieurs années que, chaque soir, les jeunes diplômés sans emplois manifestent ainsi devant l’assemblée nationale, venant de Rabat mais aussi d’autres villes du Maroc. Le mouvement des «diplômés chômeurs» est né en décembre 1990, dans le sillage des émeutes de Fès. L'association nationale des diplômés en chômage au Maroc s’est structurée en 1992 et est confrontée régulièrement aux provocations et à la répression des forces de l’ordre. Si celles-ci ne semblent pas vouloir intervenir ces jours-ci, elles empêchent régulièrement l’association de tenir ses réunions. Ainsi le 20 juin 2005, les unités anti-émeute, ont pénétré avec une extrême violence dans le siège de l'Union Marocaine du Travail de Rabat-Salé-Témara. Bilan : plusieurs blessés graves et des interpellations. Face à cette situation de nombreux jeunes chômeurs désespèrent et s’abandonnent régulièrement à des actes de désespoir. Ainsi, ce jeudi, six jeunes chômeurs se sont immolés par le feu devant le siège du ministère de la Santé après avoir aspergé leurs vêtements d'essence. Ils ont été hospitalisés et deux d'entre eux souffrent de graves brûlures au visage et aux mains.

Les jeunes diplômés savent manifester et attirer l’attention sur eux… Et les autres ?

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