Automobiles et automatismes – Conduire, c’est passer dans un film américain

 

Etats-Unis La Nouvelle Orléans Voiture

Pour se déplacer aux Etats-Unis, mieux vaut disposer d’un véhicule. Compter sur les transports publics serait déraisonnable, ceux-ci n’apparaissant pas particulièrement développés.

Mais prendre contact avec un véhicule américain est toujours un peu délicat par suite des automatismes mis en œuvre lesquels ne sont pas de même nature qu’en Europe. En tournant la clef de contact, les portes se verrouillent automatiquement. Sans doute pour éviter les agressions à l’arrêt ? Le siège étant trop reculé, je tire, tout en roulant, sur la manette située près du siège, à ma gauche... et ouvre le coffre arrière ! Avec les réglages automatiques des phares, je n’ai jamais réussi à trouver comment allumer les feux de route. Voyageant en été, nous n’en aurons jamais besoin ; heureusement, car le mode d’emploi de la voiture est rédigé en anglais, bien sûr. Sans parler des inévitables boîtes de vitesse automatiques auxquelles nous sommes peu habitués. Le pire nous est cependant arrivé en 2012 au Mexique quand, voulant rafraîchir une automobile américaine de location, j’ai eu l’imprudence de mettre le moteur en marche, d’allumer la climatisation et de claquer la porte pour aller chercher les bagages. La voiture s’est verrouillée automatiquement et nous n’avions qu’une clef, celle qui était sur le tableau de bord ! Mais les Mexicains sont ingénieux et ont su nous ouvrir la portière avec du fil de fer ! Débrouillardise contre technologie.

Au volant, les Américains ont une conduite de « père tranquille ». Est-ce lié à l’existence des boites automatiques qui ne permettraient pas des démarrages foudroyants ? Est-ce dû à la limitation de vitesse qui est particulièrement basse sur route, à 55 miles, comme en ville ? Est-ce la peur de la police qui ne semble pas toujours faire dans la dentelle ? Finalement, il me faut bien avouer que c’est très reposant comme conduite.

Sortie de l’aéroport de La Nouvelle-Orléans, premier carrefour : des feux rouges se balancent sous un fil tendu au travers du croisement, alignées le long d’une voie rectiligne des baraques de planches à la peinture écaillée. Puis, un embranchement vous conduit sur une vaste autoroute à deux fois quatre voies. Les voitures circulent à une vitesse d’escargot, tranquillement, sans jamais changer de voies. A l’horizon, les hautes tours du centre, toutes groupées. De chaque côté, des quartiers de maisonnettes de bois, aux couleurs parfois violentes, éparpillées dans la verdure et la forêt, puis les murs de briques noircis des quartiers de docks plus ou moins abandonnés. Parfois, nous croisons de grosses limousines, aux longs capots, plutôt anciennes et en mauvais état, conduites par des Noirs aux allures décontractées. Il fait une chaleur lourde et moite...

A l’inverse de Tom Baxter qui sort de l’écran pour aller rejoindre Cécilia[1], mais avec plus de chance que Michel-Ange qui tente vainement de pénétrer l’écran pour entrer dans une salle de bain[2] nous sommes, nous,  projetés dans le film ! Tant de fois nous avions visionné des films avec des images semblables à cette réalité, qu’alors nous avons l’impression d’être devenus les héros de tous ces films. Mais ce n’était pas « l’autre côté du miroir » avec un monde étrange et merveilleux, non, c’était dans le film, dans un contexte certes différent de notre monde habituel, mais dont nous connaissons déjà les images et les codes.

Il faut dire que nous avons pu en voir des films américains après la guerre ! Dans le cadre de l'accord Blum-Byrnes (1946), en échange d’un apurement des dettes françaises et d’un prêt supplémentaire, la France s’engageait à lever le blocus contre les films américains et ouvrait le territoire national à ces films permettant d’y diffuser l’American way of life (le mode de vie américain). « Jour de fête » de Jacques Tati[3] est une illustration humoristique de cette diffusion en France des films et documentaires made in USA.


[1] Woody Allen. « La rose pourpre du Caire ». 1985. L'un des personnages du film « La Rose pourpre du Caire », Tom Baxter, sort de l'écran, passe du film en noir et blanc au monde « réel » en couleurs et entraîne une spectatrice, Cécilia, dans une aventure.

[2] Jean-Luc Godard. « Les carabiniers ». 1963. Le soldat Michel-Ange assiste pour la première fois à une séance de cinéma et tente de rentrer dans l’image, sans succès, pour y rejoindre une jeune femme qui prend son bain.